LA VIE DANS UN TIPI
§
LA VIE DANS UN TIPI - TEEPEE - EST BIEN MEILLEURE ; IL EST TOUJOURS PROPRE.
" Chaud en hiver, frais en été, facile à déplacer. L'homme blanc construit une grande maison, qui coûte beaucoup d'argent, ressemble à une grande cage, ne laisse pas entrer le soleil et ne peut être déplacée ; elle est toujours malsaine. Les Indiens et les animaux savent mieux vivre que l'homme blanc ; personne ne peut être en bonne santé sans avoir en permanence de l'air frais, du soleil, de la bonne eau. Si le Grand Esprit avait voulu que les hommes restassent dans un endroit, il aurait fait le monde immobile ; mais il a fait qu'il change toujours, afin que les oiseaux et les animaux puissent se déplacer et trouver toujours de l'herbe verte et des baies mûres ; la lumière du soleil permet de travailler et de jouer ; la nuit de dormir ; l'été les fleurs s'épanouissent et l'hiver elles dorment ; tout est changement ; chaque chose amène un bien ; il n'est rien qui n'apporte rien.
L'homme blanc n'obéit pas au Grand Esprit. Voilà pourquoi les Indiens ne peuvent être d'accord avec lui . "
Le Chef Flying Hawk, Chef Sioux du clan des Ouglalas - 1852 ...1931
Extraits du Livre : Pieds nus sur la Terre Sacrée
Édition : Denoel - Page 70 -
SHABESTARÎ - LE VOYAGEUR
" As-tu jamais cueilli une fleur avec les lettres R.O.S.E. ? "
RÛMI
§
A VOIR, A ENTENDRE
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A nouveau tu demandes : " Qui est le voyageur sur la route ? "
C'est celui qui est conscient de sa propre origine.
Sache que son voyage progresse, de la perception du contingent
Vers le nécessaire, s'écartant de l'obscurité et de la déficience ;
Pèlerin qui s'éloigne en hâte,
Il est purifié du " moi " comme le feu l'est de la fumée ;
Il revient de son premier voyage, étape par étape,
Jusqu'à ce qu'il parvienne au degré de l'homme parfait.
Sache comment l'homme parfait vient à l'existence,
De l'instant où il a été engendré.
Crée d'abord matière inanimée.
Il devient par l'esprit qui lui est ajouté, conscient,
Et acquiert les pouvoirs inconditionnés du Tout-Puissant.
Puis il est fait seigneur de la volonté par la Réalité.
Pendant l'enfance, s'ouvre pour lui la perception du monde
Et les tentations d'ici-bas l'assaillent.
Quand toutes les particularités sont ordonnées en lui,
Il progresse de ces sources à des notions générales.
La colère naît en lui, puis naissent les désirs de la chair
Qui engendre avarice, gourmandise et orgueil.
Les mauvaises dispositions se mettent à l'oeuvre.
Il devient pire qu'un animal, un démon, une brute.
Ce degré est le plus bas de la descente
Car il est celui directement opposé à l'union.
Des actions, provient une brutalité sans fin.
Il se trouve mal à l'inverse de son origine.
S'il demeure captif de ce piège,
Il s'égare davantage que les bêtes du troupeau ;
Mais, si du monde spirituel, brille une lumière
De l'attraction de la grâce ou du reflet de la preuve,
Alors son coeur se familiarise avec la lumière du Haqq *
Et il revient sur ses pas.
Par cette attraction divine ou preuve certaine,
Il trouve la voie vers une foi authentique ( ... ).
( ... )
De ses mauvaises actions, il est purifié ;
Comme le prophète Idriss, il monte vers le ciel.
( ... ) Il se libère de son savoir personnel,
Et, comme le prophète Jésus, devient céleste.
( Ibid., p. 43-45 )
* . De la Réalité
SA ' UD- DÎN MAHMÛD SHABESTARÎ
La Roseraie du Mystère
Le Voyage
Edition : Sinbad - 1991 - Paris
VERDICT ...
Un Nom au chant harmonieux
Mille liens vibrent à l'archet du vent
Un dauphin pointe la flêche des nuages
Berçant à l'infini le coeur des vagues
Et ce Nom aux notes sibyllines
Un cillement de mer perpétuel
Qui délivrent les mots du voyage
Et lorsque leurs ailes palpitent
Une voile doucement se met à chanter
Il est de l'irrépressible migration
Qu'importent les jours l'émoi
Que les années rident et ne brisent pas
Quand la vérité féconde inlassablement
Ses champs de fleurs et de silences azur
Tout n'est que cantique et féérie
Aux rêves que l'amour délie
Mais il n'est qu'un pas d'au-delà
Qu'il lui suffit d'avoir franchi
?
MARTIN EDEN - JACK LONDON / EXTRAITS II
21
C'était une admirable après-midi de l'été indien, languide et chaud ; le soleil n'était pas très fort et de légères brises erraient, sans troubler la somnolence de l'air. D'aériennes nuées pourpres se cachaient au creux des vallées qui dominent San Francisco impénétrablement enveloppé de fumée. La baie, pareille à une nappe de métal fondu, était semée de bateaux immobiles, ou mollement bercés par la marée nonchalante. Au loin, à peine percevait-on le Tamalpaïs, dont l'immense silhouette se perdait dans le brouillard près de la porte d'or, que le soleil couchant rendait semblable à un sentier d'or pâle. Au-delà, le Pacifique se confondait avec de lourds nuages, avant-coureurs menaçants des premiers souffles de l'hiver.
L'éta allait finir. Cependant sur les collines il s'attardait encore, doucement tendre, il se couchait, voluptueux, dans la pourpre des vallons et tissait, dans les brumes pâlissantes, le linceul saturé de beauté où il allait mourir, heureux d'avoir vécu et bien vécu. Et, sur la colline, à leur place favorite, Ruth et Martin côte à côte étaient assis, penchés tous les deux sur le même livre ; Martin lisait à haute voix des sonnets d'amour : ceux que Browning à dédiés à la femme qui fut aimée comme peu de femme le furent.
Mais la lecture languissait. Autour d'eux, le charme de la beauté mourante était trop puissant. La saison vermeille s'évanouissait comme elle avait vécu, splendide et voluptueuse, et le souvenir de ses ivresses alourdissait l'air. Elle pénétrait en eux, avec ses rêves et ses langueurs, amollissait leurs nerfs, enveloppait leur volonté, leur raison, d'un brouillard vaporeux. Martin se fondait de tendresse et parfois des ondes brûlantes le parcouraient. Leurs têtes étaient bien près l'une de l'autre et, lorsque l'haleine d'une imperceptible brise faisait voltiger vers son visage les cheveux d'or, les lignes dansaient aussitôt devant ses yeux.
_ Je ne crois pas que vous ayez compris un mot de ce que vous venez de lire, dit-elle, quand il eut complètement perdu le passage qu'il récitait.
Il l'observa de ses yeux dévorants, mais cette fois, au lieu de s'intimider, la réponse lui vint tout naturellement.
_ Vous non plus, d'ailleurs. De quoi parlait le dernier sonnet ?...
_ Je ne sais pas ! avoua-t-elle en riant. J'ai déjà oublié. Ne lisons plus : la journée est trop belle.
_C'est notre dernière sur la colline, d'ici quelque temps, dit-il gravement. Un orage s'amasse à l'hrizon.
Le livre glissa sur l'herbe et ils restèrent silencieux, immobiles, perdant vers la baie dormante leurs yeux rêveurs qui ne voyaient pas. Ruth, quelques fois glissait un regard vers son cou. Une force impérieuse l'attirait vers lui, inévitable comme le destin. Sans qu'elle l'ait voulu, son épaule effleura l'autre épaule, aussi légèrement qu'un papillon frôle une fleur. Elle sentit le frisson qui répondait à ce contact ; il n'était que temps qu'elle s'écarte. Mais sa volonté ne lui obéissait plus et elle ne pensa même pas à vouloir résister, envahie par une enivrante folie.
Il glissa son bras autour d'elle. Délicieusement torturée, elle en suivit les gestes lents. Elle attendait _ elle ne savait trop quoi _ haletante, les lèvres sèches et brûlantes, le coeur bondissant, une fièvre dans les veines. Doucement, d'un mouvement infiniment caressant, le bras remonta et l'attira vers lui. Elle n'attendit plus. Avec un grand soupir las, elle laissa tomber sa tête sur la poitrine de Martin ; il se pencha, tendant vers elle ses lèvres, et celles de Ruth firent la moitié du chemin.
" Voilà, c'est l'amour ! se dit-elle dans une lueur de raison. Si ce n'est pas l'amour je n'ai plus qu'à mourir de honte. " Mais ce ne pouvait être que l'amour. Elle aimait cet homme dont les bras l'enserraient, dont les lèvres pressaient les siennes. Elle se pelotonna contre lui, d'un mouvement câlin de tout son corps. Et soudain, s'arrachant à son étreinte, elle posa ses deux mains sur le cou hâlé de Martin. La sensation de ce désir réalisé fut si violente, qu'avec un sourd gémissement elle laissa retomber ses mains et s'affaissa à demi évanouie dans ses bras.
Pas un mot n'avait été dit, pas un mot ne fut échangé pendant de longues minutes. Par deux fois, il se pencha pour l'embrasser ; chaque fois ses lèvres recevaient timidement le baiser et elle se nichait davantage contre lui. Elle ne pouvait s'éloigner de lui ; et lui, la tenant serrée contre son coeur, regardait la grande cité perdue dans la fumée, au-delà de la baie, sans la voir. Pour une fois, dans son cerveau ne flottait aucun rêve. La lumière, la couleur, toute la beauté du monde étaient là, resplendissantes, comme le jour, brûlantes comme son amour
( ... )
JACK LONDON
INVICTUS - W. ERNEST HENLEY
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Out of the night that covers me, § Dans les ténèbres qui m’enserrent, Dans de cruelles circonstances, En ce lieu de colère et de pleurs, . William Ernest HENLEY 23 août 1849 — 11 juillet 1903 |
LA VOIE DU REPOS ...
Sous les coups de massue du Hasard, ma tête saigne mais ne se courbe pas.
HENLEY
§
From too much hope of living,
Frome hope and fear set free,
We thank with brief thanksgiving
Whatever gods may be,
That no life lives forever
That dead men rise up never ;
That even the weariest river
Winds somewhere safe to sea.
( ... )
De trop de foi dans la vie,
De trop d'espoir et de trop de crainte
Nous rendons grâce en une brève prière
Aux dieux qui nous en délivrent
Et grâce leur soit rendue
Que nulle vie soit éternelle
Que nul mort ne renaisse jamais
Que même la plus lasse rivière
Trouve un jour son repos dans la mer.
SWINBURNE
LA NUIT SACREE - TAHAR BEN JELLOUN
LE JARDIN PARFUME
_ Ô soleil sur lune, ô lune des lunes, étoile pleine de nuit et de lumière, ce burnous brodé de fil d'or est la demeure, le toit de ta maison, la laine qui tisse tes rêves, la couverture épaisse des longues nuits d'hivers quand je serai absent... Mais je ne te laisserai jamais, j'ai trop longtemps attendu pour te laisser ne serait-ce qu'une nuit...
Le voyage dura toute la journée. Il me parlait de temps en temps, me disant les mêmes mots, m'appelant tantôt " princesse du Sud ", tantôt " lune des lunes ", tantôt " la première lumière du matin ". Enveloppée dans le burnous, j'étais derrière, mes bras entourant sa taille. Les secousses de la jument faisaient que mes bras bras croisés caressaient dans un mouvement de haut en bas son ventre ferme. J'avais une impression étrange à laquelle je me laissais aller, renonçant à me poser des questions comme lorsqu'un rêve se poursuit dans la petite somnolence. C'était la première fois que je montais à cheval. J'accumulais ainsi les émotions avec une liberté intérieure qui réchauffait tout mon corps. L'aventure, c'était d'abord ce sentiment d'étrangeté d'où naissait le plaisir. Ma tête reposait contre son dos, je fermais les yeux et murmurais un chant d'enfance. Hier encore j'aidais l'âme d'un mourant à s'élever vers le ciel, aujourd'hui, je serre dans mes bras un inconnu, peut-être un prince envoyé par les anges de cette vingt-septième nuit, un prince ou un tyran, un aventurier, un bandit des chemins de pierres, mais un homme, un corps d'homme dont j'avais à peine aperçu les yeux car il était voilé... un de ces hommes du désert qu'on appelle bleus !
L'esclave à peine affranchie fut enlevée pour entrer peut-être dans une nouvelle prison, un château aux murailles épaisses et hautes, gardé par des hommes armés, un château sans portes ni fenêtres, juste une entrée, une ou deux dalles qui se déplacent pour laisser passer le cavalier et sa proie...
Je somnolais. Je rêvais. J'oubliais. Un vent frais caressait ma joue. Une larme de joie due à la fraîcheur du temps coulait sur mon visage. Le ciel était bleu, rouge, mauve. Le soleil allait bientôt se coucher. En cette journée de jeune je n'eus ni faim ni soif. Mon cavalier s'arrêta un instant puis me dit, comme si j'étais au courant de ses habitudes :
_ Nous allons faire une halte chez les enfants. Avec un peu de chance, on pourra rompre le jeûne chez eux.
_ Quels enfants ?
Il ne me répondit pas.
Le village était dans une petite vallée à laquelle on accédait en empruntant un chemin quasi clandestin. Des obstacles étaient dressés et gardés par des enfants. Il fallait à chaque fois dire le mot de passe, lequel était composé de quatre phrases, le tout était un poème que mon cavalier connaissait parfaitement :
Nous sommes les enfants, les hôtes de la terre.
Nous sommes faits de terre et nous lui reviendrons.
Pour nous, terrestres, le bonheur ne dure guère,
mais des nuits de bonheur efface l'affliction.
Je ne reconnus pas tout de suite la poésie d' Abû-l- Alà al-Ma'arrî. J'avais lu durant mon adolescence Risalat al-Ghufran, mais je ne me souvenais pas de ces vers
LA NUIT SACREE
Édition Points
Pages : 39 à 41
L' IDENTITE - MILAN KUNDERA - EXTRAITS
( ... )
A peine une heure plus tard, en arrivant à la maison, Jean-Marc montra un faire-part à Chantal : " Je l'ai trouvé ce matin dans la boîte. F. est mort.
Chantal fut presque contente qu'une autre lettre, plus grave, couvrit le ridicule de la sienne. Elle prit Jean-Marc sous le bras et le conduisit au salon pour s'assoeir en face de lui.
Chantal : " Tu es quant même bouleversée.
_ Non dit Jean-Marc, ou bien je suis bouleversé de ne pas l'être.
_ Même maintenant tu ne lui as pas pardonné ?
_ Je lui ai tout pardonné. Mais il ne s'agit pas de cela. Je t'ai parlé de ce curieux sentiment de joie que j'ai éprouvé quand j'ai décidé, autrefois, de ne plus le voir. J'étais froid comme un glaçon et je m'en réjouissais. Or, sa mort n'a rien changé à ce sentiment.
_ Tu m'effraies. Vraiment, tu m'effraies. "
Jean-Marc se leva pour aller chercher la bouteille de cognac et deux verres. Puis, après avoir avalé une gorgée : " A la fin de ma visite à l'hôpital, il a commencé à raconter des souvenirs. Il m'a rappelé ce que j'ai dû dire quand j'avais seize ans. A ce moment, j'ai compris le seul sens de l'amitié telle qu'on la pratique aujourd'hui. L'amitié est indispensable à l'homme pour le bon fonctionnement de sa mémoire. Se souvenir de son passé, le porter toujours avec soi, c'est peut-être la condition nécessaire pour conserver, comme on dit l'intégrité de son moi. Afin que le moi ne rétrécisse pas, afin qu'il garde son volume, il faut arroser les souvenirs comme des fleurs en pot et cet arrosage exige un contact régulier avec des témoins du passé, c'est à dire avec des amis. Ils sont notre miroir ; notre mémoire ; on n'exige rien d'eux, si ce n'est qu'ils astiquent de temps en temps ce miroir pour que l'on puisse s'y regarder. Mais je m'en fous de ce que je faisais au lycée ! Ce que j'ai toujours désiré, depuis ma première jeunesse, depuis mon enfance peut-être, c'a été toute autre chose : l'amitié comme valeur élevée au-dessus de toutes les autres. J'aimais dire : entre la vérité et l'ami, je choisis toujours l'ami. Je le disais par provocation mais je le pensais sérieusement. Je sais aujourd'hui que cette pensée est archaïque. Elle pouvait être valable pour Achille, l'ami de Patrocle, pour les mousquetaires d'Alexandre Dumas, même pour Sancho qui était un vrai ami de son maître, en dépit de tous leurs désaccords. Mais elle ne l'est plus pour nous. Je vais si loin dans mon pessimisme que je suis prêt aujourd'hui à préférer la vérité à l'amitié. "
Après avoir savouré une autre gorgée : " L'amitié était pour moi la preuve qu'il existe quelque chose de plus fort que l'idéologie, que la religion, que la nation. Dans le roman de Dumas, les quatre amis se trouvent souvent dans des camps opposés, contraints ainsi de se battre les uns contre les autres. Mais cela n'altère pas leur amitié. Ils ne cessent pas de s'aider, secrètement, avec ruse, en se moquant de la vérité de leur camps respectifs. Ils ont placé leur amitié au-dessus la vérité , de la cause, des ordres supérieurs, au-dessus du roi, au-dessus de la reine, au-dessus de tout. "
Chantal lui caressa la main et, après une pause, il dit : " Dumas a écrit l'histoire des mousquetaires avec un recul de deux siècles. Était-ce déjà chez lui la nostalgie de l'univers perdu de l'amitié ? Ou la disparition de l'amitié est-elle un phénomène plus récent ?
_ Je ne peux pas te répondre. L'amitié, ce n'est pas le problème des femmes.
_ Que veux-tu dire ?
_ Ce que je dis. L'amitié, c'est le problème des hommes. C'est leur romantisme. Pas le nôtre. "
Jean-Marc avala une gorgée de cognac, puis revint à ses idées : " Comment l'amitié est-elle née ? Certainement comme une alliance contre l'adversité, alliance sans laquelle l'homme aurait été désarmé face à ses ennemis. Peut-être n'a-t-on plus un besoin vital d'une telle alliance.
_ Il y aura toujours des ennemis.
_ Oui, mais ils sont invisibles et anonymes. Les administrations, les lois. Que peut faire pour toi un ami quand on décide de construire un aéroport devant tes fenêtres ou quand on te licencie ? Si quelqu'un t'aide, c'est encore quelqu'un d'anonyme, d'invisible, une organisation d'aide sociale, une association pour la défense des consommateurs, un cabinet d'avocats. L'amitié n'est plus vérifiable par aucune épreuve. L'occasion ne se prête plus à chercher son ami blessé sur le champ de bataille, ni à dégainer le sabre pour nous défendre contre des bandits. Nous traversons nos vies sans grands dangers, mais aussi sans amitié.
( ... )
Car l'amitié vidée de son contenu d'autrefois s'est transformée aujourd'hui en un contrat d'égards réciproques, bref, en un contrat de politesse. Or, il est impoli de demander à un ami une chose qui pourrait le gêner ou lui être désagréable.
_ Mais oui, c'est comme ça. Encore faut-il que tu le dises sans amertume, sans ironie.
_ Je le dis sans ironie. C'est comme ça.
_ Si la haine te frappe, si tu es inculpé, jeté en pâture, tu peux t'attendre à deux réactions de la part des gens qui te connaissent : les uns vont se joindre à la curée, les autres, discrètement, vont faire semblant de ne rien savoir, de ne rien entendre, si bien que tu pourras continuer à les voir et à leur parler. Cette deuxième catégorie, discrète, délicate, ce sont tes amis. Amis dans le sens moderne du mot. Écoute, Jean-Marc, cela, je le sais depuis toujours. "
L' IDENTITE
MILAN KUNDERA
Pages 60 à 66
Édition Folio / Gallimard - 2000 -
MARTIN EDEN - JACK LONDON / EXTRAITS
Jack London n'était pas Martin Eden mais il le devint
8
( ... )
Durant ces quelques semaines, il vit Ruth cinq ou six fois, et chaque fois ce lui fut un progrès nouveau. Elle l'aidait à parler correctement, corrigeait son anglais et lui fit recommencer l'arithmétique. Leurs entrevues ne se bornaient pas, d'ailleurs, à de sèches études élémentaires. Il avait vu trop de choses, son esprit était trop mûr, pour qu'il pût se contenter de fractions, de racines cubiques, d'analyses et de conjugaisons ; parfois, ils causaient des derniers livres qu'ils avaient lus, du dernier poème qu'elle avait étudié. Et quand elle lui lisait à haute voix ses passages favoris, il était au comble de la joie. Jamais il n'avait entendu de voix pareille à la sienne. La moindre de ses intonations l'enivrait ; il frissonnait tout entier à chacun des mots qu'elle articulait. Tout en l'écoutant, il se rappelait les vociférations aiguës de femmes sauvages, de mégères avinées, et aussi des voix rudes et stridentes des filles du peuple. Puis, son imagination se les représenta ; il les vit défiler en troupeaux, chacun exaltant, par la comparaison, les qualités de Ruth. Et, de sentir qu'en lisant les oeuvres qu'elle avait lues, il pouvait vibrer des mêmes joies, doublait son bonheur. Elle lui lut une grande partie de La Princesse et souvent il vit ses yeux se remplir de larmes, tant sa nature esthétique ressentait la beauté. A de tels moments, il se sentait pareil à un dieu. Il la regardait, l'écoutait, il lui semblait voir le visage même de la vie et en découvrir les secrets. Alors, conscient du degré de sensibilité qu'il avait atteint, il se disait que c'était bien là l'amour, seule raison d'être au monde ; il passait mentalement en revue tous les anciens frissons, les femmes d'autrefois, l'ivresse de l'alcool, les baisers des femmes, les jeux violents, la fièvre des coups donnés et reçus, et tout cela lui semblait trivial et minable à côté de cette sublime ardeur qui le transportait.
Pour Ruth, la situation était assez obscure. Elle n'avait aucune expérience personnelle des choses du coeur, ses lectures l'ayant habituée à voir les faits ordinaires de la vie transposés, par une littérature d'imagination, dans le domaine de l'irréel. Et elle ne se doutait guère que ce rude matelot se glissait dans son coeur, où s'emmagasinaient peu à peu des forces latentes qui, un beau jour, l'embraseraient toute entière. Elle ne s'était pas encore brûlée au feu de l'amour. Sa connaissance en était purement théorique ; elle le concevait comme la flamme légère, douce, d'une veilleuse fidèle, comme une froide étoile scintillante dans le velours sombre d'une nuit d'été. Elle aimait se le figurer comme une affection placide, comme le culte d'un être dans une atmosphère calme, embaumée de fleurs, aux lumières atténuées. Elle était loin de supposer les sursauts volcaniques de l'amour, son ardeur dévorante et ses déserts de cendres. Ses forces lui étaient inconnues ; et les abîmes de la vie se transformaient pour elle en des océans d'illusion. L'affection conjugale de ses parents lui semblait être l'idéal des affinités amoureuses et elle attendait tranquillement le jour, où sans secousses ni complications, elle glisserait de sa vie de jeune fille à une existence à deux, semblable, paisible et douce.
Martin Eden lui apparut comme une nouveauté bizarre, un individu étrange et elle mit sur le compte de la nouveauté et de la bizarrerie l'effet qu'il lui produisait. N'était-ce pas en somme tout naturel ? Elle s'intéressait à lui au même titre qu'elle s'intéressait aux fauves d'une ménagerie ou au spectacle d'une tempête dont les éclats la faisaient frissonner. Comme les fauves, l'ouragan, la foudre, il était une force cosmique de la nature. Il lui apportait toute l'odeur du large et le souffle des grands espaces, le reflet du soleil tropical sur son visage ardent et, dans ses muscles saillants, toute la primordiale vigueur de la vie. Il avait subi l'empreinte de ce mystérieux monde de rudes marins et d'aventures plus rudes encore, dont elle ne pouvait s'imaginer la plus médiocre. Il était inculte, sauvage et sa vanité était flattée de le voir venir si vite à elle : cela l'amusait d'apprivoiser la bête fauve. Tout au fond d'elle-même et sans presque s'en douter, elle avait le désir de remodeler cette argile informe à la ressemblance de son père, qui représentait pour elle l'idéal masculin. Et son inexpérience absolue l'empêchait de comprendre que l'attraction qui la poussait vers lui était bien la plus instinctive des attractions, celle dont la puissance précipite hommes et femmes dans les bras les uns des autres, pousse les animaux à s'entre-tuer pendant la saison du rut et contraint les éléments eux-mêmes à s'unir
A SUIVRE
( ... )
Jack LONDON
Martin Eden
Traduction de Claude Cendrée
Pages 75 à 77
Librairie Hachette
Le Snark
GUSTAVE FLAUBERT- LA MER ...
( .... )
Donc, nous partîmes en avant, au-delà, sans nous soucier de la marée, ni s'il y aurait plus tard un passage pour gagner terre. Nous avions besoin jusqu'au bout d'abuser de notre plaisir de le savourer sans rien en perdre. Plus légers que le matin, nous sautions, nous courions sans fatigue, sans obstacle, une verve de corps nous emportait malgré nous et nous éprouvions dans les muscles des espèces de tressaillements d'une volupté robuste et singulière. Nous secouions nos têtes au vent et nous avions du plaisir à toucher les herbes avec nos mains. Aspirant l'odeur des flots, nous humions, nous évoquions à nous tout ce qu'il y avait de couleurs, de rayons, de murmures ; le dessin des varechs, la douceur des grains de sable, la dureté du roc qui sonnait sous nos pieds, les altitudes de la falaise, la frange des vagues, les découpures du rivage, la voix de l'horizon ; et puis, c'était la brise qui passait comme d'invisibles baisers qui nous coulaient sur la figure, le ciel où il y avait des nuages allant vite, roulant une poudre d'or, la lune qui se levait, les étoiles qui se montraient. Nous nous roulions l'esprit dans la profusion de ces splendeurs, nous en repaissions nos yeux ; nous en écartions les narines, nous en ouvrions les oreilles ; quelque chose de la vie des éléments, émanant d'eux-mêmes, sans doute à l'attraction de nos regards, arrivait jusqu'à nous et, s'y assimilant, faisait que nous les comprenions dans un rapport moins éloigné, que nous les sentions plus avant, grâce à cette union plus complexe. A force de nous en pénétrer, d'y entrer, nous devenions nature aussi, nous nous diffusions en elle, elle nous reprenait, nous sentions qu'elle gagnait sur nous et nous en avions une joie démesurée ; nous aurions voulu nous y perdre, être pris par elle ou l'emporter en nous. Ainsi que dans les transports de l'amour, on souhaite plus de mains pour palper, plus de lèvres pour baiser, plus d'yeux pour voir, plus d'âme pour aimer, nous étalant dans la nature dans un ébattement plein de délire et de joies, nous regrettions que nos yeux ne pussent aller jusqu'au sein des rochers, jusqu'au fond des mers, jusqu'au bout du ciel, pour voir comment poussent les pierres, se font les flots, s'allument les étoiles ; que nos oreilles ne pussent entendre graviter dans la terre la fermentation des granits, la sève pousser dans les plantes, les coraux rouler dans les solitudes de l'Océan. Et dans la sympathie de cette effusion contemplative, nous aurions voulu que notre âme, irradiant partout, allât vivre dans toute cette vie pour revêtir toutes ses formes, durer comme elles, et se variant toujours, toujours pousser au soleil de l'éternité ses métamorphoses !
Mais l'homme n'est fait pour goûter chaque jour que peu de nourriture, de couleurs, de sons, de sentiments, d'idées. Ce qui dépasse la mesure le fatigue ou le grise ; c'est l'idiotisme de l'ivrogne, c'est la folie de l'extatique. Ah ! que notre verre est petit, mon Dieu ! que notre soif est grande ! que notre tête est faible !
Gustave FLAUBERT
Par les Champs et les Grèves - Extraits -
Vues sur la Nature - L'homme devant l'Océan, Proses de mer, présentées et commentées par R. VERCEL
Durel Éditeur - 1949 -
SAINT-JOHN PERSE
IX - Etroits sont les Vaisseaux
II
2 _
" ... Au coeur de l'homme, solitude. Étrange l'homme, sans rivage, près de la femme, riveraine. Et mer moi-même à ton orient, comme à ton sable d'or mêlé, que j'aille encore et tarde, sur ta rive, dans le déroulement très lent de tes anneaux d'argile -- femme qui se fait et se défait avec la vague qui l'engendre...
" Et toi plus chaste d'être plus nue, de tes seules mains vêtues, tu n'es point Vierge des grands fonds, Victoire de bronze ou de pierre blanche que l'on ramène, avec l'amphore, dans les grandes mailles chargées d'algues des tâcherons de mer ; mais chair de femme à mon visage, chaleur de femme sous mon flair, et femme qu'éclaire son arôme comme la flamme de feu de rose entre les doigts mi-joints.
" Et comme le sel est dans le blé, la mer en toi dans son principe, la chose en toi qui fut de mer, t'a fait ce goût de femme heureuse et qu'on approche... Et ton visage est renversé, ta bouche est fruit à consommer, à fond de barque, dans la nuit. Libre mon souffle sur ta gorge, et la montée, de toutes parts, des nappes du désir, comme aux marées de lune proche, lorsque la terre femelle s'ouvre à la mer salace et souple, ornée de bulles, jusqu'en ces mares, ses maremmes, et la mer haute dans l'herbage fait son bruit de noria, la nuit est pleine d'éclosions...
" Ô mon amour au goût de mer, que d'autres paissent loin de mer l'églogue au fond des vallons clos -- menthes, mélisse et mélilot, tiédeurs d'alysse et d'origan -- et l'un y parle d'abeillage et l'autre y traite d'agnelage, et la brebis feutrée baise la terre au bas des murs de pollen noir. Dans le temps où les se nouent, et les liens sont triés pour la vigne, moi j'ai tranché le noeud de chanvre qui tient la coque sur son ber, à son berceau de bois. Et mon amour est né sur les mers ! et ma brûlure est sur les mers !...
" Étroits sont les vaisseaux, étroite l'alliance ; et plus étroite ta mesure, ô corps fidèle de l' Amante... Et qu'est ce corps lui-même, qu'image et forme du navire ? nacelle et nave, et nef votive, jusqu'en son ouverture médiane ; instruit en forme de carène, et sur ses courbes façonnées, ployant le double arceau d'ivoire au voeu des courbes nées de mer ... Les assembleurs de coques, en tout temps, ont eu cette façon de lier la quille au jeu des couples et varangues.
" Vaisseau, mon beau vaisseau, qui cède sur ses couples et porte la charge d'une nuit d'homme, tu m'es vaisseau qui porte roses. Tu romps sur l'eau chaîne d'offrandes. Et nous voici, contre la mort, sur les chemins d'acanthes noire de la mer écarlate... Immense l'aube appelée mer, immense l'étendue des eaux, et sur la terre faite songe à nos confins violets, toute la houle au loin qui se lève et se couronne d'hyacinthes comme un peuple d'amants !
" Il n'est d'usurpation plus haute qu'au vaisseau de l'amour . "
AMERS
Pages 82 - 83
Édition : Poésie / Gallimard
ET RÊVER AUTANT ... !
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Essentiel, palpitant, abyssal ! J'y louerais, je nouerais ton aura aux cernes de l’au-delà ... ceinte icône à l’expansion de l’univers, à Toi qui en lui sanctifie l’infini, la multitude, une céleste alchimie !
Mais ici-bas, en tout point sur la terre, je t’appréhende ; tu nous es résolument mesuré. Aurions-nous autant déchu pour trépasser ainsi, ne point, ne rien savoir à ton encontre qu'anéantissement ? Tu engendres le doute à la lumière vacillante de la loi, des mythes et des légendes, en toutes les transcendances et la sainteté, ces milles et vains ébats...
Artisan de la Création, tu as choisi de nous déposer au bord du gouffre, ombre de la destinée que nous suivons, inexorablement, mystérieusement aimantés, déboussolés … Parcimonieusement accordé, tu n’es que révélations à qui s’efforce de voir ou de croire en ce qui n‘est plus, en ce qui s‘étiole comme le jour et la nuit ; ô vaine connaissance, souvenance inachevée d'en-durer ! Quant à tout ce qui n’est pas encore et qui bute, se dressant contre les citadelles de l’intervalle, tu clames en silence la dénégation même de ton essence, consommant la consécration radicale de l’échec, de la chute à qui prétendrait te contraindre, te défier ou te maîtriser !
D’entre tous les âges tu enfantes et ravis à ta guise l’existence, rompant chaînes et amarres afin de générer, Souverain ubiquiste, le lien immuable ? Mais à quel prix, au nom de qui ?
Quant à la cognée du cœur, elle décompte, défalque avec toi, implacablement le périssable et tout ce qui ne l‘est pas, dès le commencement de la fin, au balbutiement du dernier mot sensé … Quelle pénitence, quelle désobéissance alors dressent en toi la joie et la douleur, ces passagers aveugles et injustes qui m’accompagnent et m’exhortent ? Passer outre l’arc-en-ciel, sceller l’ alliance entre le bien et le mal, il ne t’importe pas, tu les domines, impassible, juge malgré tout, malgré toi, envers et contre l'être ?
Et il est ce sculpteur invisible, obstiné qui ride et façonne profondément la peau douce de l’éveil, du premier regard rendu ou promis au sommeil des morts, obsédant comme une réplique et le recommencement immaculé. L‘amour y sème maints sillons de silences que la terre referme tandis que la mer garde jalousement son poème abyssal aux rimes azurées. En l’onde originelle et perpétuelle j'entends battre ton pouls … Sitôt vécu, tu nous dépasses et nous emportes, mûrissant ou fanant comme une saison, un siècle, l’histoire, une vie sur la terre parsemée d‘oublis et de fleurs endeuillées… Je sens le souffle de l’existence attiser l’attente, consumer lentement le regret à la traîne de la souvenance infinie. Je vois le présent qui se répand, peser aussi la marée des siècles enfuis. le réel bascule aux charniers inhumains de l‘enfer. Et le paradis déguise ses chimères aux règnes qui nous sont infligés, disséminés comme le hasard, la nécessité. Ainsi vont les horizons, barrés aux seuils extrêmes de l‘éphémère et de l'avoir… Pourquoi, comment ? Réponds-moi ! Entre fatalté, mauvaise fortune et bon cœur, te voilà qui oscille puis frappe vaguement. A ton jeu, il n’y a qu’une seule chance ou du moins le prétend-t-on ! Et ce convoi auquel je suis arrimé par devers moi, ici ou là-bas, duquel je ne distingue jamais plus que le premier et le dernier tombereau, pareille destination et sans autre choix possible d‘arriver nulle part ailleurs. Geôle, foule, Océan, je gravite en leur néant n’ayant de défense, de salut providentiel que vers les sentes de l’imaginaire, vers l’oubli, hors de toi, si près de toi, loin de tout !… Capables de briser, de modeler, de fondre le multiple et l'espace : seriez-vous le temps, cette charpente fragile de durées ? et dont on ne sait vraiment plus si vous défilez, ensemble indifférent, insaisissable, revenants persécuteurs, embraser le refuge, le verdict perpétuel ou sentencieux de l‘instant que vous nous accordez vraiment !
Aux yeux des monts, de la mer, parmi les oiseaux et le chant des vagues, des étoiles, serais-je hôte de l’éternel aux vains visages ? Une conscience d’errer, ce naviguant égaré entre les pôles de l’attachement et du désir que la raison enchâsse, loin devant, si près du souvenir, là où je ne saurais jamais me déprendre du doute ou du mal pour subir, suivre, inégales, les brisées de l' infortune aux coeur du besoin. Entre les certitudes sépulcrales du shéol et les promesses d‘immortalité, l’espoir d’un inéluctable retour, je sais que je suis condamné à vivre un bouquet d‘années aux pétales qui voyagent et s‘en retournent à la flétrissure. J’en fais lentement mais sûrement l’expérience au sablier qui s'écoule ; uniques, nous le sommes et plus encore, nous le resterons dans le grand Livre poussiéreux et muet de l‘étant !
C’est une équation, un constat ardu de matières inertes qu'il nous faut transgresser ! Naître pour échoir ! Élu en un lieu, l’espace immatériel d’une pensée vagabonde … Traverser, disparaître inéluctablement empilé sous les siècles implacables, ces odieux témoins complaisants qui croulent sombres comme le vieux monde, mille charrois qui grondent et tonnent en remontant des siècles absous …! Non.
Tu es de l’émoi, de l’éveil, transcendant en ton immutabilité et en toi la vérité se fonde pour qui te reconnaît à perpétuité. Et c’est en ton antre que je souhaiterais voguer sans me soucier ni douter de l’infiniment bleu, voilier parmi les voiliers suivant mille caps, autant de ports pourvu qu‘ils fussent bons !
Et si j’habite ce champ aux frontières trop courtes et aveugles je ne saurais marquer et fonder l’empreinte nécessaire au cheminement et à la traversée du temps qui de la terre aux ciels bénit chaque jour ; ce temps immobile et spatial qui nous est imparti, que l’humanité abonde de durées infinitésimales pour s’abîmer hélas en fragments mais qui se révèle en ces impérissables racines vouées à l’arbre qui croît . Le temps ne va qu’au diapason de la lumière. Il naît du balancement providentiel des astres brillant de leur chaleur lointaine, merveilleusement distribuée à l'image de la noria noyée dans le désert qui dessert et scande, pulsations de vie bruissantes s'en revenant du fond du puits comme l'écho fluide des lointains de la terre !
Tu n’es que méandres, arcanes, couloirs, labyrinthes ou dédales, ce fleuve immémorial des âmes rendu à la mer, sempiternel recommencement abolissant l’âge aux confins de toute renaissance. Et qui perçoit en toi l’insondable vacuité effleure et reflète comme l’iris, au fond de ses prunelles, un arc d’éternité.
Tu demeures au-dessus du nombre et la conscience à l’étrave de ton vaisseau, en la roue que tu meus défie l’Univers ex-pansé. A t’évoquer, il me semble entendre les voix toujours jeunes de la Création, vertigineuses ! Serais-je de ces voies, du pèlerinage indéfini, merveilleux et essentiel de l’illusion, de l’imaginaire prodigue, comme toi rebelle aux certitudes figées, tellement passagères qui nous dénigreraient, condamnés à mourir, toujours, à demeurer, à survivre ou lutter sans même nous voir, si loin de l’unique vérité qui soit !
Ô TEMPS, ce rêve nous appartient, qui est du long sommeil, de la multitude …
1ère Ecriture le 15.01.2012
RENE CHAR
Quel le titre de ce poème
?
Sortie main après main
Une fleur de métal
Emerge en pétales
Sous le lendemain
Ses pétales d’hiver ailleurs
Une fleur en coeur
L ‘ami transparent
Des gestes de l’amant
Etre et avoir été
Oiseau exotique
Ce chant prolifique
C’est déjà l’été
.
René CHAR
Après l'orage de printemps ...!


















































