Massif de Bavedda

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Pin_L_riciu_

Ce Pin a plus de cinq siècles !

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LES  LIBÉRATEURS

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Voici venir l'arbre, c'est l'arbre

de l'orage, l'arbre du peuple.

Ses héros montent de la terre

comme les feuilles par la sève,

et le vent casse les feuillages

de la multitude grondante,

alors la semence du pain

retombe enfin dans le sillon.

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Voici venir l'arbre, c'est l'arbre

nourri par les cadavres nus,

des morts fouettés et estropiés,

des morts aux visages troublants,

empalés au bout d'une lance,

recroquevillés dans les flammes,

décapités à coups de hache,

écartelés par les chevaux

ou crucifiés dans les églises.

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Voici venir l'arbre, c'est l'arbre

dont les racines sont vivantes,

il a pris l'engrais du martyre,

ses racines ont bu du sang,

au sol il a puisé des larmes

qui par ses branches sont montées

parsemant son architecture.

Elles furent fleurs, quelquefois

invisibles, fleurs enterrées,

d'autres fois elles allumèrent

leurs pétales comme des planètes

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Et l'homme cueillit dans les branches

les corolles aux parois durcies,

il les tendit de main en main

tels des magnolias, des grenades,

et brusquement, ouvrant la terre,

elles grandirent jusqu'au ciel.

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C'est lui, l'arbre des hommes libres.

L'arbre terre, l'arbre nuage.

L'arbre pain, l'arbre sarbacane,

l'arbre poing, l'arbre feu ardent.

Inondé par l'eau impétueuse

de notre époque de ténèbres,

son mât décrit dans le roulis

les arènes de sa puissance.

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D'autres fois la colère brise

les branches qui tombent à nouveau

et une cendre menaçante

couvre sa vieille majesté:

ainsi franchit-il d'autres temps

et sortit-il de l'agonie,

jusqu'au moment ou une main

secrète, des bras innombrables,

le peuple, en garda les fragments

et cacha des troncs immuables.

Ses lèvres étaient alors les feuilles

de l'immense arbre réparti,

disséminé de tous cotés,

qui marchait avec ses racines.

Voici venir l'arbre, c'est lui

l'arbre du peuple, de tous les peuples

de la liberté, de la lutte.

Montre-toi dans sa chevelure:

palpe ses rayons restitués:

plonge la main dans les usines,

là même où son fruit palpitant

chaque jour répand sa lumière.

Lève dans tes mains cette terre,

unis-toi à cette splendeur,

emporte ton pain et ta pomme,

ton cœur aussi et ton cheval

et monte la garde aux frontières,

aux confins de sa frondaison.

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Défends le but de ses corolles,

partage les nuits ennemies

veillant au cycle de l'aurore,

respire la cime étoilée,

en protégeant l'arbre, cet arbre

qui pousse au milieu de la terre.

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PABLO  NERUDA

Chant Général.