29 novembre 2008
L' AUTRE RIVE...
Il est des jours que l’on ressent intimement, si près de soi, au terme de nuits dolentes et interminables. Puis viennent ces épisodes de doutes appendus à l’autre rive, que l'on quête à la lueur vacillante d’un dictamen angoissant, lancinant . J' arpente ces jours emportés par les éléments séditieux, dans la solitude et la souffrance, la colère et l’indifférence du monde, où seuls comptent le silence de la mer, la vérité des flots, la volonté du vent et des grands espaces, toute la solennité de la nature affranchie et rebelle . Et que m’importe de risquer la vie, de jouer la mort là où la mer vibre, exulte et se gonfle des voiles blanches de la liberté et de la pureté, où la tempête proclame avec éloquence les partitions originelles de l'existence. Je sais qu'elle pleure aussi tant de voyages accordés en vain, souillés du sang de la diversité assassinée. La mer y a toujours élevé ses vagues porteuses, elle les a accompagnées vers les rives de la fraternité et de la terre des hommes; elles ont dévoilé aux hommes le sens et le goût perpétuel de l'inconnu, en elles, ils devaient y puiser les forces de l'éternel retour, de la renaissance des jours, de la régénerescence d'un temps fécond, du partage et toute la palingénésie de la mère nature...
Et
je croise au large, entre deux îles, entre deux êtres, loin
de mon rivage natal, près de la rive promise,oublieux des miens et de
moi-même, en quête de délivrance et d'harmonie. En ce matin de fort
coup de
vent, je m’engage avec l’assurance d’un sursis et toute la vénusté que
la mer
déchaînée laisse aux vagues et aux brisants dans ses plus belles
esquisses. Et
si les vents ne sont pas bleus, s’ils ont oublié l’innocence et la
douceur de
l’été dans l’opacité de la tristesse, des nuees plaintives du gros temps,
s’ils recouvrent à cette heure la
mélancolie de l’hiver dans les clartés alenties du soleil levant, des
ciels diluviés
et froids, je me retrouve et je me réchauffe dans le berceau de chaque
vague, je m’emplis de la
respiration ample et profonde de la mer, avant la vie, après la mort.
Presque
confiant, emmené dans le lit d’un souffle divin, je ne sais pas si je
crains
plus le tumulte de l’eau bourbeuse que je ne méprise l’appréhension de
disparaître au fond de l’inutile, de l’indolente résignation à forcer
une
existence abhorrée, courant malgré moi auprès du monde civilisé. Loin
de la rêverie, je partage ma
route vers l’autre rive avec mes seuls desseins, ces tourments
insignifiants
et toute l’impuissance de la conscience
contrite et de la déréliction. Aujourd’hui, il n’y a plus d’oiseaux ni
d’ailes blanches pour les
yeux du large et l'iris de la mer. je ne croiserai pas de dauphin aux
prunelles bistres, brillantes d'amitié sur la mer noire et esseulée où chaque lame
chute obscure, endeuillée, pesante et grosse comme toutes les larmes
que le
monde sanglote et arrache à l'enfant du siècle à chaque seconde et que
l’ homme essuie, balaie, on ne sait encore
pourquoi, d’un revers de métal, d’une pluie d’atomes défaits,
cupidement modifiés…
Mais devant tant de beautés,
l’immensité m’est familière, presque attachante et la côte, vêtue de l’étoffe nuptiale et virginale
de la mer et du ciel si vastes, est un renouveau, un autre départ, une espérance au bout
de la complainte ailée et vaporeuse des vagues.
Sur
l’esquif
vélivole qui
me mène nulle part et si loin, je ne suis qu’un point, un souvenir, une
dérisoire aventure,
un
caprice dans l’insouciance et l’enfance des flots… Je n’ai pas de
frontière dans le regard, je tranche les barbelés à la prison du
paraître, je
n'arbore pas de laurier au front, je n’ai plus d âge, j'aime et je
demeure sauvagement dans un labyrinthe loyal, je suis de ce ballet des
ondes, uni aux
gouttes d’eau et aux vagues joueuses qui me portent, là inoffensives,
ailleurs, meurtrières. Il ne m’appartiens pas d’en décider, elles ont
droit de
vie et de trépas sur quiconque s’y aventure et c’est à la mer que je
parle et
me confie, c’est avec elle que je parviens aisément à tous nos choix;
les siens, les miens, ceux aussi de cet être étrange qui m'habite et
qui m'obsède .Mes
résolutions sont ses souhaits, je la parcours à en perdre haleine,
m’enivrant
de l’écume près des sirènes disparues, du souvenir antique des flots
parcourus
avant moi, de l’évocation fantastique des Néréides et des Naïades qui
peuplent
et animent l’ellipse magique de chaque vague finissante, qui rayonnent
en toute vague à renaître et qui se prêtent aux charmes de l’éternelle
féminité.
A l’horizon, là où se tend la limite de mes désirs sensés, qui sait, de mes délires, les pointes et les caps racontent l’univers des choses qu’ils désunissent et marient en même temps pour en élever avec munificence et majesté tous les mystères et la grandeur. J’habite alors l’esprit de l’eau pulvérisée, avalancheuse, neigeuse , massive et légère qui peint et mime le vent odorant, impalpable, grave les bourrasques contre la roche submergée, immobile et figée. Le temps défile, en cadence, avec les vagues qui déferlent, il entonne l’hiver des cœurs noyés au fil des voyages puis étend ses rouleaux, de longs instants, comme un linceul apaisant, comme une éternité, un rêve dans le jour revenu.
L'autre rive est un ailleurs, au large, derrière les horizons fugaces, au-delà du cap de la vie, sous le vent de l'inconnu. Je l'imagine avec moi et avec mon âme. Ensemble, nous devenons un périple, un beau mirage, un autre temps.
Baigné et béni de tant de blancheur et d'embruns, je vais dans un univers ouaté où de vagues souvenirs pyramident à la limite du réel. N'enténèbrent-ils pas trop vite le quotidien de nos faux pas, des blasphèmes et des parjures à l'ordre immuable des mondes créés, dans l'indifférence et tous les mutismes convenus ?
....
Écrit par
CRISTIAN, UN JOUR DE TEMPÊTE , ENTRE L’ÎLE DE CORSE ET DE SARDAIGNE, VERS L’AUTRE RIVE …
23 novembre 2008
VAGUE D'UN JOUR...
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VAGUES D'UN JOUR
Les vagues sont les fleurs de la mer, le printemps qui revient au cœur de l' hiver. Elles apaisent les tourments de la tempête, élevant vers le ciel et le soleil leurs gerbes d écume et d'embruns comme une louange accomplie . Éclaboussée de bleus, dans la pénombre de l'existence des hommes, chaque vague est une goutte d' eau, une perle unie au collier des désirs, le baiser à la grève et au rivage, une ode à la liberté et à la création; elles inventent les souvenirs que les saisons égrènent. Une vague, c 'est une révélation parfumée, auréolée et colorée du cycle de la vie et de la mort, toutes les danses et la transe de l'eau qu'enfante la passion exaltée des éléments, là où caracolent la munificence de la nature, l'éternel retour, de divines fantaisies. J'aime cet univers révolté, insoumis, épris de vastité et de solitude, là où sommeillent, où s'étire la beauté cachée, s'arrondissent les volutes du sculpteur et la glaise émeraude que le potier caresse, l'antre de verre pure et cristalline que l'artisan verrier galbe et tend d'un souffle divin au fond des formes, du délire, de l'étonnement. Une vague, c'est aussi le spasme de l'oubli, la pulsation au cœur d'un océan de chagrins, de silences noyés; elle abrite toutes les peines de l 'humanité, elle est d'ailleurs, belle et joueuse, parfois envoûtante et meurtrière dans l'innocence froide, imprévisible des symphonies marines, des symbioses célestes, des colères de la terre! La vague s'accomplit comme la cime qui s'accroche aux étoiles, dans la nuit bleue et profonde de vagues amours, des sommets dépassés et la désespérance des jours grimés que chaque aube consument. Avec le ressac des heures, les reflux de l'instant, la vague se déchire, la vague s'étire, épuisée. Puis elle renait,du fond de l'orbe virginal, comme une consécration, elle s'abîme, qui efface déjà les destinées promises sous un linceul de mousse, et embrasse les hasards d'une communion. Quand la vague chute de toute sa splendeur, c 'est pour offrir le visage diluvié, raviné de la mélancolie, esquisser l'errance de l'âme perdue en mer, les destins passés qui habitent l'esprit de l'eau et de la dernière cascade.
Ainsi s'offre à la mer le voyage d'une vie, l'unique rencontre que le solitaire lui confie, sous une averse de larmes océanes qui tombent, qui se dissolvent et m'ouvrent à chaque adieu les portes de l'infini, le sens de l'au-delà, l' espoir d'un retour...
CRISTIAN, pour Milema_Arte

































