31 mars 2009
TERRE DES HOMMES, suite ....
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Gabon 1975
« …Une fois de plus,
j’ai côtoyé une vérité que je n’ai pas comprise. Je me suis cru perdu, j’ai cru
toucher le fond du désespoir et, une fois le renoncement accepté, j’ai connu la
paix. Il semble à ces heures-là que l’on se découvre soi-même et que l’on devienne
son propre ami. Plus rien ne saurait prévaloir contre un sentiment de plénitude
qui satisfait en nous je ne sais quel besoin essentiel que nous ne nous
connaissions pas. Bonnafous, j’imagine, qui s’usait à courir le vent, a connu
cette sérénité. Guillaumet aussi dans sa neige. Comment oublierais-je moi-même,
qu’enfoui dans le sable jusqu’à la nuque, et lentement égorgé par la soif, j’ai
eu si chaud au cœur sous ma pèlerine d’étoiles ?
Comment favoriser en nous
cette sorte de délivrance ? Tout est paradoxal chez l’homme, on le sait
bien. On assure le pain de celui-là pour lui permettre de créer et il s’endort,
le conquérant victorieux s’amollit, le généreux, si on l’enrichit, devient
ladre.
Que nous importent les
doctrines politiques qui prétendent épanouir les hommes, si nous ne connaissons
d’abord quel type d’hommes elles épanouiront. Qui va naître ? Nous ne
sommes pas un cheptel à l’engrais, et l’apparition d’un Pascal pauvre pèse plus
lourd que la naissance de quelques anonymes prospères.
L’essentiel, nous ne
savons pas le prévoir. Chacun de nous a connu les joies les plus chaudes là où
rien ne les promettait. Elles nous ont laissé une telle nostalgie que nous
regrettons jusqu’à nos misères, si nos misères les ont permises. Nous avons
tous goûté, en retrouvant des camarades, l’enchantement des mauvais souvenirs.
Que savons-nous, sinon
qu’il est des conditions inconnues qui nous fertilisent ? Où loge la
vérité de l’homme ?
La vérité, ce n’est point
ce qui se démontre. Si dans ce terrain, et non dans un autre, les orangers
développent de solides racines et se chargent de fruits, ce terrain-là c’est la
vérité des orangers.
Si cette religion, si
cette culture, si cette échelle des valeurs, si cette forme d’activité et non
telles autres, favorisent dans l’homme cette plénitude, délivrent en lui un
grand seigneur qui s’ignorait, c’est que cette échelle des valeurs, cette
culture, cette forme d’activité, sont l’activité de l’homme. La logique ?
Qu’elle se débrouille
pour rendre compte de la vie.
Tout au long de ce livre
j’ai cité quelques-uns de ceux qui ont obéi, semble-t-il, à une vocation
souveraine, qui ont choisi le désert ou la ligne, comme d’autres eussent choisi
le monastère ; mais j’ai trahi mon but si j’ai paru vous engager à admirer
d’abord les hommes. Ce qui est admirable d’abord, c’est le terrain qui les a
fondés.
Les vocations sans doute
jouent un rôle. Les uns s’enferment dans leurs boutiques. D’autres font leur
chemin, impérieusement, dans une direction nécessaire : nous retrouvons en
germe dans l’histoire de leur enfance les élans qui expliqueront leur destinée.
Mais l’Histoire, lue
après coup, fait illusion. Ces élans-là nous les retrouverions chez presque
tous.
Nous avons tous connu des
boutiquiers qui, au cours de quelques nuits de naufrage ou d’incendie, se sont
révélés plus grands qu’eux-mêmes. Ils ne se méprennent point sur la qualité de
leur plénitude : cet incendie restera la nuit de leur vie. Mais faute
d’occasions nouvelles, faute de terrains favorables, faute de religion exigeante,
ils se sont rendormis sans avoir cru en leur propre grandeur. Certes les
vocations aident l’homme à se délivrer : mais il est également nécessaire
de délivrer les vocations.
Nuits aériennes, nuits au
désert… ce sont là des occasions rares, qui ne s’offrent pas à tous les hommes.
Et cependant, quand les circonstances les animent, ils montrent tous les mêmes
besoins. Je ne m’écarte point de mon sujet si je raconte une nuit d’Espagne
qui, là-dessus, m’a instruit. J’ai trop parlé de quelques-uns et j’aimerais parler
de tous.
C’était sur le front de
Madrid que je visitais en reporter. Je dînais ce soir-là au fond d’un abri, à
la table d’un jeune capitaine…. »
Terre des Hommes, Les
Hommes
Antoine de SAINT- EXUPERY
Pages, 158-159-160
Ed Folio
Cambodge, 1963, Siem Réap
29 mars 2009
TERRE DES HOMMES....
.......
Prémonition de la guerre civile
, Salvador Dali
CHAPITRE VIII, les HOMMES
« …Pour comprendre
l’homme et ses besoins, pour le connaître dans ce qu’il a d’essentiel, il ne
faut pas opposer l’une à l’autre l’évidence de vos vérités. Oui, vous avez
raison. Vous avez tous raison. La logique démontre tout. Il a raison celui-là
même qui rejette les malheurs du monde sur les bossus. Si nous déclarons la
guerre aux bossus, nous apprendrons vite à nous exalter. Nous vengerons les
crimes des bossus. Et certes les bossus commettent aussi des crimes.
Il faut, pour essayer de
dégager cet essentiel, oublier un instant les divisions, qui, une fois admises,
entraînent tout un Coran de vérités inébranlables et le fanatisme qui en
découle. On peut ranger les hommes en hommes de droite et en hommes de gauche,
en bossus et en non bossus, en fascistes et en démocrates, et ces distinctions
sont inattaquables. Mais la vérité, vous le savez, c’est ce qui simplifie le
monde et non ce qui crée le chaos. La vérité, c’est le langage qui dépasse
l’universel. Newton n’a point « découvert » une loi longtemps
dissimulée à la façon d’une solution de rébus, Newton a effectué une opération
créatrice. Il a fondé un langage d’homme qui pût exprimé à la fois la chute de
la pomme dans un près et l’ascension du soleil. La vérité, ce n’est point ce
qui se démontre, c’est ce qui simplifie.
A quoi bon discuter les
idéologies ? Si toutes se démontrent, toutes aussi s’opposent, et de
telles discussions font désespérer du salut de l’homme. Alors que l’homme,
partout, autour de nous, expose les mêmes besoins.
Nous voulons être
délivrés. Celui qui donne un coup de pioche veut connaître un sens à son coup
de pioche. Et le coup de pioche du bagnard, qui humilie le bagnard, n’est point
le même coup de pioche du prospecteur, qui grandit le prospecteur. Le bagne ne
réside point là où les coups de pioche sont donnés. Il n’est pas d’horreur
matérielle. Le bagne réside là où des coups de pioche sont donnés qui n’ont
point de sens, qui ne relient pas celui qui les donne à la communauté des
hommes.
Et nous voulons nous
évader du bagne.
Il est deux cent millions
d’hommes, en Europe, qui n’ont point de sens et voudraient naître. L’industrie
les a arrachés au langage des lignées paysannes et les a enfermés dans ces
ghettos énormes qui ressemblent à des gares de triage encombrées de rames de
wagons noirs. Du fond des cités ouvrières, ils voudraient être réveillés.
Il en est d’autres, pris
dans l’engrenage de tous les métiers, auxquels sont interdites les joies du
pionnier, les joies religieuses, les joies du savant.
On a cru que pour les
grandir il suffisait de les vêtir, de les nourrir, de répondre à tous leurs
besoins. Et l’on a peu à peu fondé en eux le petit bourgeois de Courteline, le
politicien de village, le technicien fermé à la vie intérieure. Si on les instruit
bien, on ne les cultive plus. Il se forme une piètre opinion sur la culture
celui qui croit qu’elle repose sur la mémoire de formules. Un mauvais élève du
cours de Spéciales en sait plus long sur la nature et sur les lois que
Descartes et Pascal. Est-il capable des mêmes démarches de l’esprit ?
On peut déterrer les
idoles de bois et ressusciter les vieux mythes qui ont, tant bien que mal, fait
leur preuve, on peut ressusciter les mystiques du Pangermanisme, ou d’Empire
romain. On peut enivrer les Allemands de l’ivresse d’être Allemands et
compatriotes de Beethoven. On peut en saouler jusqu’au soutier. C’est, certes,
plus facile que de tirer du soutier un Beethoven.
Mais de telles idoles
sont des idoles carnivores. Celui qui meurt pour le progrès des connaissances
ou la guérison des maladies, celui-là sert la vie, en même temps qu’il meurt.
Il est peut-être beau de mourir pour l’expansion d’un territoire, mais la
guerre d’aujourd’hui détruit ce qu’elle prétend favoriser. Il ne s’agit plus
aujourd’hui de sacrifier un peu de sang pour vivifier toute la race. Une
guerre, depuis qu’elle se traite avec l’avion et l’ypérite, n’est plus qu’une
chirurgie sanglante. Chacun s’installe à l’abri d’un mur de ciment, chacun,
faute de mieux, lance, nuit après nuit, des escadrilles qui torpillent l’autre dans ses entrailles, font
sauter ses centres vitaux, paralysent sa production et ses échanges. La
victoire est à qui pourrira le dernier. Et les deux adversaires pourrissent
ensemble.
Pourquoi nous haïr ?
Nous sommes solidaires, emportés par la même planète, équipage d’un même
navire. Et s’il est bon que les civilisations s’opposent pour favoriser des
synthèses nouvelles, il est monstrueux qu’elles s’entre-dévorent.
Puisqu’il suffit, pour
nous délivrer, de nous aider à prendre conscience d’un but qui nous relie les uns
aux autres, autant le chercher là où il nous unit tous.
Le chirurgien qui passe
la visite n’écoute pas les plaintes de celui qu’il ausculte : à travers
celui-là, c’est l’homme qu’il cherche à guérir. Le chirurgien parle un langage
universel. De même le physicien quand il médite ses équations presque divines
par lesquelles il saisit à la fois l’atome et la nébuleuse.
Et ainsi jusqu’au simple
berger. Car celui-là qui veille modestement quelques moutons sous les étoiles,
s’il prend conscience de son rôle, se découvre plus qu’un serviteur. Il est une
sentinelle.
Et chaque sentinelle est
responsable de tout l’Empire.
Antoine de Saint EXUPERY,
Terre des Hommes – Ed
FOLIO, Pages, 172 173 174 .
28 mars 2009
L' ÎLE DU PIC...
...
" J'avais une fleur rouge dans la poitrine et cette fleur regardait le monde "
Nicolas Bouvier
Je devais avoir six ou sept ans, je
vivais au Cambodge, à Phnom Penh dans la moiteur et la régularité étrange et
scandée de la mousson, de ses pluies diurnes diluviennes. Je passais mes
jeunes semaines à l'école maternelle et primaire du Lycée Descartes de la
ville, entouré de tous mes petits camarades et nouveaux amis Cambodgiens,
Indiens, Vietnamiens, Laotiens...Ils m'ont appris bien des choses dont le
jeu local des billes et l'art du carreau, quand d'une extension du majeur, je
projetais en catapulte ma bille pour atteindre la cible et son lot de
récompenses misées. Il m'arrivait de les fendre en deux, tant l'impact était sec
et précis!
Le dimanche, nous avions l'habitude de sortir de la ville pour
nous rendre à l'aéroport de Pochentong, voir décoller dans un tonnerre
assourdissant et le ciel gris, l'avion de la semaine, le Boeing 707 d'Air
France qui regagnait Paris, qui portaient les noms des prestigieux châteaux de la Loire - Château de Chenonceau, de Sully, d' Aneth, etc....
Un air de solitude, d'abandon
flottait dans la grande salle de l'aéroport que j'investissais, insouciant et
généreusement de mes Dinky Toys...!
Avant les fêtes de Noël, nous
rejoignions le Mont Bokor, qui abritait des sapinières étonnantes sous ces latitudes et une jungle
luxuriante. Au-dessus de mille mètres d'altitude, je plongeais mon regard vers le Golfe du Siam, médusé et interrogatif... J'étais un enfant, seuls comptaient pour mes
frères et moi les préparatifs de Noël accompagnés de ses contes, oubliant dans la
candeur aisée de l'enfance, les outrages à la nature, la souffrance de ces
beaux arbres, ces petits sapins qui allaient décorer les jardins de l'Ambassade ou les intérieurs
cossus des maisons coloniales, dont la nôtre...
Puis venait la saison sèche, rude
période où les morsures du soleil redoublaient avec l'humidité ambiante de
l'air, surtout près des rizières que nous longions à bord d'une 2CV
Camionnette toute tôlée, en empruntant les longues digues surélevées, aménagées en piste
de terre et de tuf.
Je regardais défiler un paysage devenu familier, derrière les vitres de
l'automobile, je découvrais les buffles d'Asie aux cornes majestueuses et couverts de boue. Ils travaillaient dans les rizières
avec ces hommes et ces femmes courbés sur les récoltes ou les semailles, pendant des journées
entières, dans l'eau limoneuse jusqu'aux genoux, un chapeau pointu de paille en guise
de parasol! Quelques cocotiers épars dressaient haut dans le ciel leur voilure abondante aux mirages d'îles oubliées...
C'est aussi en cette saison que notre
vieille Traction Citroën nous amenait vers Sihanoukville, et Kep, plus au Sud,
vers les bords du Golfe du Siam. Véritable expédition, empreinte de craintes et
de mystères, où nous guettions l'assaut, maintes fois évoqués, d'une Panthère
Noire, d'un Tigre ou autres bêtes sauvages.
Nous redoutions la panne, la
crevaison et les scénarios allaient bon train dans la voiture qui avalait ses
kilomètres de pistes désertes, bordées d'arbres gigantesques. Elle était notre unique secours!
Mais, seuls,
d'énormes Pachydermes croisaient nonchalamment et placides, notre route,
emmenés par des enfants solitaires; images insolites du Livre de la Jungle et
de Kipling qui suscitaient entre les trois frères admiration et étonnement.
Nous traversions des villages
Cambodgiens juchés dans la pénéplaine, balayés de poussières, construits de
baraquements en bois dispersés, aux toits de tôles chauffés à blancs. La piste s'égarait entre les édifices carrés, encombrée d'animaux domestiques qui cavalcadaient dans tous les sens.
Un arrêt au bord de la route et
c'était tous les chiens malingres, décharnés qui accouraient d'alentour,
au milieu de tous les enfants du village avec leurs jouets de fortune; une roue, un cercle de
fer blanc guidés et propulsés à la force d'une tige de fer recourbée faisait
l'affaire sur la terre ocreuse et pauvre du pays.
Et partout, ce sourire et les éclats
de rire d'une jeunesse, celle de mon époque, de mes homonymes cosmiques, généreux et bons comme ces
instants de découvertes intarissables et d'émerveillements. Le barrage de la
langue n'en était point un; un regard, une main tendue suffisait à orienter nos
vies vers le jeu et le partage, l'entente et les regrets de se quitter si vite.
Un jour, nous parvenions jusqu'à Kep.
La plage de sable blanc étincelait au soleil et s'étirait sous les cocotiers des Tropiques. De là, nous prîmes un petit bateau à moteur, équipé
d'une voile à Sampang, et nous rejoignîmes l'île du Pic, un petit bout de terre émergée, distant d'une heure
de mer.
Le soleil dardait des rayons
insoutenables, la luminosité était d'une blancheur accablante. La mer, vert
lagon, perdait ses teintes émeraudes et devenait transparente, laiteuse,
bouillante. Un vent étouffant frisait la surface des flots. Il nous semblait
traverser une dimension cachée, dans un silence devenu assourdissant et lourd, presque
feutré.
Le bateau glissait imperceptiblement,
finissait son petit périple sur son erre, arrivait sur l'île, par faible profondeur.
Aucun nuage ne pointait à l'horizon et pourtant, sous un soleil de plomb, il
nous sembla que le ciel se couvrait.
Nous mouillions en vain nos mouchoirs
et des bouts de tissus qui nous servaient de chapeau tandis que nous traversions
les quelques mètres qui nous séparaient de l'embarcation, vers la plage de sable
fin.
Le sable pulvérulent, aussi blanc que neige, crissait sous nos pieds, brûlait intensément; nous avions du mal à le regarder. Au loin, la mer reflétait les cieux et ses moires comme un immense miroir, amplifiant le calme sidéral des grands espaces. Soudain, nous fûmes attirés par une forme qui ondulait, devint rouge, puis annelée de blanc, longue et svelte, rapide; c'était un serpent corail qui s'échappait à la surface de l'eau, donnant à ce tableau toute la véracité de l'île aux trésors, lointaine.
Un homme étrange nous attendait sur le rivage,
debout et figé, coiffé d'un chapeau à bords réséda repliés, une créature à nos yeux,
immense, brune et cuite par le soleil, laissant échapper des regards perçants
et clairs de ses fonds d'orbites creux. Il nous accueillit chaleureusement,
nous rassura un peu et s'enquit de nous conduire à sa case, à l'abri de la coiffure altière et hirsute des cocotiers et de quelques arbres fruitiers tropicaux qui nous assuraient d'une deuxième protection. Une
brise légère agitait les palmes de ces arbres fétiches, dont le bruissement
mélodieux berçaient ce jour à part qui meubla nos voyages d'enfance. Je décidai de le graver profondément dans ma mémoire toute malléable d'enfant.
Vint le moment de se rafraîchir, enfin de s'abreuver. L'homme nous proposa du Coca-Cola; il tira d'une caisse de bois quelques petites
bouteilles du breuvage légendaire, embuées et fraîches. Nous exultions mes frères
et moi, quand nos émois furent coupés court à la vue de la dentition effarante
de cet habitant étrange, qui d'un mouvement de mâchoire inférieure fit sauter
l'une après l'autre, les six capsules métalliques des bouteilles.
Des dents longues, inégales, espacées
et donc manquantes ont oeuvrée comme des pieds de biches pour décapsuler les emballages de verre, dans un grincement d'émail horripilant et de fer blanc cisaillés, sous nos yeux médusés
et influençables d apprentis aventuriers. Les deux rangées de sa denture, projetées en avant, faisaient de sa mâchoire une arme redoutable, un vrai bec d'aigle ou de perroquet... Un instant, nous craignions le pire,
nous le vîmes comme un ogre, une énergumène perdue sur une île déserte et dans la jungle! Mais les encouragements et les convenances d'usages reprirent le
dessus, nous laissant siroter le divin breuvage dans un décor de rêve et de
flibuste. Des oiseaux de toutes sortes animaient la canopée luxuriante de cet îlot perdu.
L'heure, languide, s'approchait du repas, nous étions abattus par tant de chaleur, de réverbération et d'immobilité, bercés dans un hamac jalousement convoité. Alors l'homme se fit pêcheur, il tira de ses nasses quelques langoustes vivantes. Il faut dire que les eaux du Golfe du Siam étaient très poissonneuses, que les ressources de la mer constituaient avec le riz et le jus de poisson séché l'essentiel de la nourriture locale.
Aujourd'hui, je déclinerai sans hésiter le succulent repas que cet homme partagea avec nous. Les langoustes ont péri sur un lit de braises qui couvait à même le sable, baignées d'une sauce piquante et épicée.
J'étais très jeune, mes souvenirs flottent encore dans ces nuages de chaleur torrides comme des hallucinations; je liais connaissance avec un enfant de mon âge qui portait sur le dos un petit singe apprivoisé et roulait les mêmes yeux que nous, d'étonnement et de stupeur à notre vue.
J'évoluais avec mes frères dans ce havre de paix, retiré de tout, une île posée sur la mer comme un nénuphar fleuri dans l'étang. Toutes sortes de créatures rivalisaient de talents, choisissaient leurs moments et déclinaient les plus beaux répertoires du chant général de la nature. Nous étions prudents, imaginatifs à souhaits, ne quittant pas la rassurante proximité des voix familiales et adultes.
Dans le lagon, notre bateau coloré oscillait lentement, les vaguelettes transparentes lapaient le bois vermoulus des bordées. Il attendait, seul, le moment du départ, jouant avec la mer une mélopée convenue, habituelle...
Les jeunes années sont un éveil immature comme les semailles spontanées de la nature aux saisons choisies. Puisse- t-il être le plus complet, le plus vaste et divers possible afin que le temps et les souvenirs en mûrissent les fruits, en assurent le juste partage, ces fruits et ces graines qui deviennent un jour toutes les nourritures terrestres des hommes enfin réunis, le ferment de nos vies si différentes et tolérantes, tellement nécessaires et prêtes à converger vers plus de grandeur d'âme.
CRISTIAN AU CAMBODGE
1961- 1964
Aéroport de Pochentong
19 mars 2009
LA MER AVEC LA TERRE...
........
Je parcours inlassablement le seuil indéfini et irrégulier de la mer, je découvre en même temps toute fin dissoute que le monde terrestre égrène vers le rivage comme un fabuleux sablier. La limite des sables et des rochers s’attarde comme une noce aux mille soupirs, emplie de senteurs et de souvenirs, émerveillée aux jours immédiats, furtifs et soudains des premiers émois.
L’eau s’empare de tous les desseins de la terre tandis que la terre cède à l’océan, offre aux étendues planes et infinies ses dernières volontés d'horizons.
Les montagnes et les vallons finissent toujours par s'étendre dans le lit des rivières, ils dévalent les années comme des perles rares jusqu’aux colliers de sables colorés. La mer gourmande souligne l’étrange, frise l’inattendu, éclaire et isole l’éveil des monts, d’un trait de pinceau pers dans les premiers rais pourpres du soleil levant .
Les désirs des vagues vont au bout des anses caresser la roche et vêtir la grève de la plus douce des étreintes, euphoniques et audacieuses épouses ceignant, mélodieuses, les caps et les pointes découpés.
Au large, la mer brutale, totale, s’étend en silences bleutés, en profondes solitudes. La houle insatiable élève des vagues d'oracles, elle semble renaître d’un tout, brasser l’univers en happant à perte de vue les tombants polis en une multitude d’instants.
Là, tout près de l’écume élancée des flots mugissants, la végétation verdoyante ose avec le ciel d’étonnants contrastes, esquisse dans l’azur et l’ocre des pierres les plus belles arches de terre. Cette frontière végétale, aérienne, à l’aplomb du mouvement et du balancement vagues, qui s’aventure dans les ressauts de l’abrupt comme une dernière pensée, consacre l’énergie de l’eau, loue la munificente harmonie des éléments et de la nature vers la lumière des cieux.
La vie germe sur la terre, s’aventure au sommet des arbres, inonde les plaines, les collines jusqu’aux cimes des montagnes et vers l’immensité éthérée de l’air, de l’espace azuré.
Et puis la vie s’étiole lentement en poussières, en fragments d’histoires que le temps charrie uniformément, presque chaotique vers la mer, suggérant l’infini au-delà des dunes et des flots, parvenant à dévoiler l’unité magique et mouvante d’une seule et gigantesque goutte d’eau bleue, d'un seul grain de sable…
Dans son éternité abyssale, parvenue de tous les horizons, réelle et sans frontière, elle contient déjà toutes les semailles d’un temps à bâtir, à inventer au fil des siècles vagabonds, vers toutes les moissons de l’existence multiple et diverse, ces possibles encore abscons ou improbables.
Mes pas alentis par tant de beautés et de surprises décèlent un à un les mystères, les énigmes du monde sous-marin. J’évoque les audaces de la vie primitive partie au commencement des mondes découvrir puis révéler la terre pour que vienne le règne d’un être doté de conscience, de tous les sens à naître d’amour. Viendra-t-il puiser dans l’inestimable trésor, à la source inextinguible et illimitée de la mer et de la terre, le nectar des cieux et le miel aux saisons écloses.
La terre flotte comme un rêve d’île, elle vogue et dérive dans l’océan sidéral fait d’un seul regard mais aussi au milieu des mers, bercée de toutes les marées, inquiète aux nuits de tempêtes, inondée le jour comme la nuit de lumières et d’étoiles .
Sur le seuil des mondes fleurit un songe de partage, de perpétuelle découverte et d’échange. Le pouls de la mer bat à l’unisson du cœur de l’ homme caressant silencieusement la certitude d’appartenir au périple hasardeux de l’eau et des éclairs d’univers dans la grand messe sacrée…
La mer respire toute la terre abreuvée, elle exhale un souffle vital qui se répand en pluies de nuages au-dessus de la planète bleue afin que l’on ne l’oublie jamais aux confins du beau rêve d’exister.
.
CRISTIAN
UN SILLAGE DEVANT SOI...
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C'est un ciel de jours fluides et bleus où des éclats d'instants, se reflètent en rameaux d'étoiles, s'invitent en luminances azurées, poudroient en firmament d'espérances. De ces secondes qui inondent et éclaboussent l'ivresse grandissante des chaînes rompues... Le solitaire dessine allègrement un sillage libre sur la multitude des dunes liquides, avec l'exaltation de l'oiseau voyageur migrant au bout de l'aventure des anges. Il décèle maintenant, au-delà de la course et des percées des nuages, tous les signes convenus du ciel et de la mer. Le temps dépeuplé compose une symphonie immédiate, sauvage; il accompagne le marin et son bateau, presque palpable, et les suit, dansant sur l'onde, en symbiose, leurs voiles d'hyménée. Le temps s'égare et cingle sur la longue route en souvenirs ravivés d'immensité virginale, d'arc-en-ciels puis il s'ouvre et se déchire inlassablement au vent comme une destinée gourmande brandie à l'étrave emmenée et tremblée de tous les désirs. L'écume des vagues et les crêtes soufflées s'abattent sous le vent en pétillements de joie, en chantonnements d'embruns, liant indéfectiblement toutes les déraisons pour enfin adorer la mer.
Un
bateau et la mer se sont retrouvés, comme deux moitiés d'êtres
maintenant réunies, voguant à l'unisson des vents bleu-nuit dans le
mouvement et la munificence du grand large...
Les vagues sont lascives, elles gardent un cœur dolent, le pouls scandé des longues houles solitaires, de l'émoi blanc et pur. Ceintes d'orange et de pourpre aux lueurs vespérales, aux pastels rosés de l'aube, elles consomment l'adieu, tant de récits silencieux.
Les
latitudes s'égrènent en jours de mer et ne s'improvisent pas, elles se
méritent à force de rigueur, au fond du regard, quand reviennent
l'alizé et les reflets chatoyants des grandes étendues.
La
haute mer frise, s'irise en caresses de souhaits, languissants d'îles
lointaines, le vent frais laisse en poupe les litanies plaintives de la
dernière ou de l'ultime traversée, pour l'esclave infortuné qui ne
reviendra peut-être plus...
La mer profonde y a gravé tous les
sillages mémorables et les horizons bleus des pèlerins, recueillis en
fragments d'îlots à la dérive des continents . Elle y endort encore
tant de folies de marins, d' étreintes, imaginant toujours, au fil d'
interminables brisées, les joies d'une rencontre hasardeuse, comme elle
abonde aussi en chagrins dispersés au long cours des vents gris et de
l'eau secrète.
Un immense sillage, pour traduire et dévoiler
l'abstraction, la fuite et les refuges du temps. Les saisons défilent
et s'en retournent à leur guise comme des promesses choyées que les
voiles libres du marin espèrent, lui offrant à satiété les parfums et
l'innocence des contrées vierges et douces.
On
y oublie paraît-il la longue liturgie des mois sombres, celles des
incessants frimas de l'âme, les rudesses et les lenteurs de l'hiver,
quand
le grand large ne devient pas le théâtre sillonné, la scène aveugle et
muette des actes et des combats perdus d'avance, où grondent,
ubiquistes, la mémoire, les accrocs et les avanies de l'humanité.
Le
vaisseau de l'existence tosse parfois lourdement, il souffre aux
rappels de tant de chutes, malmené sous des ciels d'acier, au gré des
humeurs et de l'ère des époques où il finira de divaguer sur la terre
étrangère.
Le
vent hurle dans les haubans, les nuages pleurent entre les rais du
soleil rappelant les sirènes douloureuses du départ. Ils creusent
brutalement le fossé de l'impossible retour que la mer comble aussitôt
d'ecchymoses, de blessures béantes, de lourds sanglots...
Alors le sillage se fait regards languides, aveugles et mélancoliquement rêveurs!
Dans la tempête glauque, chaotique, le voilier danse, il ose le ballet radieux et cruel de la houle blanche et des bourrasques; il suit la voie lumineuse des cieux au milieu de l'ordre immuable des éléments, vers l'improbable accord, le sentiment aussi, rare d'exister, de vaciller, de côtoyer l'harmonie et la complétude des mondes.
L'iode
et le sel, la vie phosphorescente de la nuit marine y enivrent les
flots sous un dais céleste lactescent, dans la clameur unitive de
l'être retrouvé, à partager, à la vie renoué... Ils leurs insufflent
une force mystérieuse, sacrée, qui signe et dépasse la nécessaire
fragilité des choses immédiates, animées des illusions passagères. Un
sentiment indicible de grandeur et d'insignifiance absurde, mêlés
s'empare de l'odyssée marine!
Instants magiques à contempler derrière soi où se dissolvent les certitudes, où caracolent les confessions de la mer parcourue, de la mer caressée, effleurée, aimée jusqu'à la déchirure, au bord du néant?
Un sillage s'est perdu, une voie d'eau s'abîme pour consacrer ce désert de promission et de générosité, un silence sans échos, affolé de vastités, enclin à susurrer d'émouvantes réminiscences, à octroyer ses candeurs dans la communion apaisante des larmes vertes et du beaupré. Les vagues et les voiles immaculées y ont esquissé l'aube d'un amour infini, la mémoire de l'humain, l'ébauche d'un prénom ...
A la limite simultanée du temps parcouru et des horizons affranchis, dans la valse des distances que le matelot mène et ressent, le sillage s'est lié à son cap au milieu de la mer totale. Guide d'un monde originel et mouvant, d'une multitude de trajectoires, il le poursuit, fidèle au dessein tangible et loyal d'une partition éthérée, flottant entre l'air et le flot. C'est une quête cheminant comme un étourdissant baiser, quand plane au-dessus de la rime océane le philtre envoûtant d'une infime mais très belle poésie de la mer, l'amour de la mer, pour enfin implorer et louer la quiétude du retour, l'aménité d'un port!
Le sillage imprime sur l'océan les élans du cœur que l'étrave lui ouvre. La coque les disperse en desseins vagabonds et libres, en images de pensées vaporeuses et de battements d'ailes. Il est le compagnon et l'ami du marin, la foi qui le convie parmi les jours à bâtir, indissociables des périples à enfanter, ou à dire déjà comme un conte de faits merveilleux à jamais engloutis, à toujours revenus...
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CRISTIAN-GEORGES CAMPAGNAC
06 mars 2009
IMMENSE TALENT...
03 mars 2009
LA LA LA, SOUVENIRS D ' ENFANCE...
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Arrivée sur la Pointe Pongara...
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Ma vieille mobylette orange tousse, évite avec précaution les innombrables flaques d’eau teintées de latérite qui encombrent un souvenir de piste. Nous sommes en 1973, je roule dans la torpeur, dans la moiteur palpable d’une matinée équatoriale après un déluge de pluies chaudes et épaisses ; le soleil est revenu aussi vite qu’il avait disparu. Seule importe ma quête d’aloses, condition incontournable qui fonde la campagne de pêche à la daurade, future aventure de mer en pirogue, que nous projetons mon ami et moi sur les hauts fonds au large de Gombé, de l’autre côté de l’estuaire du Kango, en face de Libreville.
Le bord de mer s’étire
vers le large en d’épaisses
bandes marrons de limons, l’heure est au jusant et à la dérive de
quelques énormes
grumes descendues avec le fleuve Kango. La grève suinte encore de toute
l’eau
boueuse, nocturne, dévalée des collines verdoyantes alentours, d’une longue nuit
humide, au fil de l’authentique chapelet de jours qui bercent une
ville Africaine.
J’ai dix sept ans et
j’exulte dans un monde de rêves colorés, à toucher, à dérouler dans la lumière
égale du jour et de la nuit.
La La La n’est plus
loin ! C’est un quartier très vivant et populaire de Libreville, un
village aussi d’artisans pêcheurs. J’aperçois
enfin les dernières pirogues qui
rentrent au petit port naturel, empruntant l’étroitesse d’un bras de mer que les flots dessinent et
creusent dans la vase brillante et profonde.
Les
premiers étals de
poissons, dissimulés entre les billes de bois, les filets et les embarcations multicolores
sont pris d’assaut dans un tumulte radieux de pagnes bariolés, de
boubous et de coiffes de tissus qui
dansent au-dessus des " rouges ", des "capitaines", des raies
pastenagues. Le poisson abonde, déborde,
les pirogues surchargées ne désemplissent pas tandis que des dizaines
de
bassines émaillées jonchent un sol détrempé dans un florilège d'odeurs
crues, acres, à rendre le petit déjeuner... Les mains se tendent déjà,
impatientes, quasiment
anonymes vers de succulents repas traditionnels et autres recettes de poissons fumés
agrémentées de Pili-pili... Les femmes au port de tête assuré et altier
se faufilent avec agilité, soutiennent à la force du cou et en
dodelinant d'imposantes cargaisons de sardines. Canéphores immuables
qui renaissent de leurs cendres à l'autre bout de la planète, vouées à
des tâches et à des occupations plus quotidiennes et familiales.
Les
vendeuses s’évertuent d'une voie chantonnante
à vanter la fraîcheur du poisson, offrent à la criée locale des
spécimens
étonnants de taille et de variétés. Ici, on ne marchande pas, il n'est pas
question de discuter les prix, les pêcheurs savent instaurer l'entente
qui convient d'un seul regard !
L’estuaire et la mer sont des alliés complices dans leurs
miracles quotidiens. C’est au milieu d’une fête convenue, d’une scène érigée en
rituel vital que je trouve mon bonheur, ces aloses grasses et odoriférantes, grosses sardines d’estuaires
qui migrent et fraient en bancs, tout en remontant l’embouchure du Kango.
J’observe attentivement et je choisis mes mes appâts; la brillance des yeux, la
fermeté des filets dorés et fuselés, restent les seuls garants de la qualité du poisson pêché à l'aube.
J’en
commande
plusieurs
kilogrammes qu’il nous faudra émincer, couper en petits lambeaux afin
d'être salés, mieux conservés pendant les deux jours de pêche qui nous
attendent; un bouquet d'aloses m'est livré avec
toute la grâce et la gentillesse d’une jeune Africaine aux
sourires francs et éclatants. Un bel enfant dodu dort paisiblement sur son
dos, la tête couchée sur son épaule nue Il accompagne amoureusement tous les gestes de sa mère dans un rituel immuable. On ne
pourrait-être mieux bercé, emmailloté de la sorte dans une longue
étoffe et ces tissus croisés comme des liens indéfectibles...
C’est ainsi doté que je poursuis les
pieds nus, avec une
curiosité enfantine, débordée à chaque venue, la découverte de ces lieux emplis
de toute
l’alchimie originelle de l'existence et d'un bonheur humble.
Les "pattes d’éléphants"
effilochées de mon blue-jean, aux ourlets épinglés avec des trombones,
traînent copieusement
dans la boue, dans une indifférence complaisante.
Derrière
la plage, la vie
bruyante, presque chaotique, s’écoule dans un vacarme inaudible et
aveugle. Des taxis, des vélomoteurs et des camionnettes circulent au
milieu de la vie qui s'éveille nonchalamment. Les
époques et les mondes se côtoient en feignant de s’ignorer, comme pour
préserver cette langueur océane et primitive de nos origines, ces
instants
d’émerveillements que chaque jour délivre dans l’ingénue simplicité des
choses
à comprendre et à découvrir absolument, sans aucun artifice.
La mer a été généreuse,
le pêcheur est à son tour prodigue, il
n’hésite pas a faire bon poids, c’est l’esprit des flots limoneux et fertiles
qui envahit ce matin poissonneux de la petite saison des pluies.
Je repars conquis, il me
semble avoir vécu une grande aventure, à l’échelle de l’humain et de ses
différences. J’aime la terre, la mer et son peuple baignés de l’éclat des
justes. Je viens de partager un moment et les ressources de la mer avec ces villageois dignes, joyeux, tellement respectueux.
Sur le chemin du retour, j’en oublie les immeubles et la rocade du bord de mer, j’ai devant les yeux le brise lames de notre pirogue qui fendra les flots hachés et dressés de la barre dans quelques heures, je sens déjà le crin de nylon vibrer et se tendre entre mes doigts aux touches sèches et nerveuses de la daurade rose ; je vogue déjà, traversant les vingt Milles d’océan qui nous séparent des hauts fonds de Gombé, sur la Côte Ouest du Gabon. Je n’entends déjà plus les moteurs, seuls me parviennent le bruissement mélodieux de l’eau contre la coque basse en bois d'Okoumé, la cadence de nos pagaies qui ouvrent, qui tirent l’eau à bout de bras, dans la scansion libre et ondulée de la mer, de son enfant, le fleuve.
Préparer l'épervier avant de le lancer
Marin Cristian, 1973, POINTE DENIS, GABON
A SUIVRE, MARIN56
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