Je m'allonge sur le sable me laissant aller à l'intimité du bord. La mer calme scande ses lointains et la brume matinale, lente à se dissiper, abandonne à la longue plage quelques langueurs que je n'ai pas oubliées. Je ferme les yeux et me rends, malléable à la vêture ocre et fleurie de la dune, à la course folle des pensées, d'une souvenance aisée et fluide qui va et revient à l'unisson du ressac, de mes tendres années enfouies .

Je revois l'Atlantique et ses liserés lumineux, étirés à l' infini qui bordaient et dessinaient l'Océan, la forêt luxuriante éployant son manteau de verdure au-dessus des dernières vagues. Les cocotiers audacieux s'avançaient dans le bleu puis élançaient leurs palmes vers le ciel tutoyant la chevelure des vagues que le limon et l'écume moiraient.

Je m'endormais le plus souvent après une nuit agitée de veille, de pêche et parfois d'angoisses. Un feu de bois flottés exhalait alentour un délicieux parfum d'essences rares et m'enivrait au bord de l'estuaire. J'assistais à l'éclosion du large ouïssant le charroi de la barre où les courants du fleuve et du jusant venaient heurter celui de l'océan, les houles ignorées ou les lames sombres à la nuit venue.

Le soleil dardait des rayons brutaux, si verticaux qu'ils semblaient chuter lourds et assommants sur le sable blanc et brûlant. J'ouvrais avec peine un oeil et je regardais passer à quelques pas de moi, perchée sur une vague cristalline, une pirogue colorée et ses occupants affairés à la pagaie à gouverner attentivement l'esquif chargé du butin ravi à la nuit bleue.

Images merveilleuses et rassurantes de la vie, d'une existence ancrées à ce petit bout du monde, sans port, silencieuses et chargées de toutes les couleurs du jours. Je dessinais au fond de mon âme ces instants que je n'oublirais jamais. Au coeur du voyage, si près de la vérité et d'un bonheur immuables qui ne faisaient que passer devant moi, je regagnais avec délices, à demi éveillé, les songes sucrés d'un repos plus que mérité.

En avais-je l'entière conscience, l'immédiate perception ? Je ne saurais le dire mais je sens mûrir, je vois bleuir au plus profond de mon être tous ces mots qui naissaient, qui planaient, emportés par les vents, les vagues et les courants. Je confiais au sommeil du temps le ravissement de la mémoire afin qu'il en distillât la renaissance, qu'il en égrenât la source des jours nouveaux et de ces rêves à ciels ouverts ...!

En ce dimanche d'avril que des semaines égales et sans saveur dispersent, précipitent, je me tiens face à la mer et à ses mêmes étoiles. Je retourne en Afrique, à la lisière de la forêt vierge, au confluent des eaux fécondes, promises et vraies ! Et je m'adosse à la bille d'okoumé, sans âge... Des décennies ont coulées et je choie toujours dans mon coeur ce jardin secret de l'enfance où tout fleure des parfums d'inconnu, éveille à la soif du lendemain dans le balancement éternel et fidèle des jours et des nuits équatoriales.

Ma vie aura passé, trébuché, ripé, douté ! Jamais plus je n'effleurerais le dénuement des plus simples choses et la primeur de ces vérités essentielles cueillies si près du ciel et des Êtres de couleurs

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06_03_2011_erbaghju_P_che___Maison

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C-G  C