Il y a, en toute métamorphose naturelle, un brin de Sagesse qui someille.

Il rampe et serpente comme la noue qui s'égare. Il saigne comme il exhale des parfums de glèbe quand on le blesse ! Le sable et le limon retiennent pour lui les sucs tièdes des eaux lustrales. L'arbre aux sept nuances ocreuses, aux senteurs de l'encens et de Phénicie mûrit lentement. Ses branches torses et chenues disent avec le vent salé les circonvolutions, la ronde des siècles. Le genèvrier est de la partition du rivage, gravant tel un calame l'alphabet de la terre sacrée, du Grand Esprit .

L'arbre s'est couché aux vents redoutés de l'hiver. Le profil bas et robuste, à l'ombre dense et parcimonieuse d'une  frondaison pérenne, le voilà havre de paix et de fraîcheur, oasis à qui craint le soleil au zénith de l'été. La brise marine chantonne au gré des méandres de quiètude et de douceur abandonnées aux seins de la dune et des quatre saisons.

On dit de lui qu'il donne un bois de fer ; c'est pourquoi notre époque l'aura si souvent meurtri. La mer panse et cautérise ses blessures et ses brûlures ; ne les cachent-elle pas en cette robe grise et unie des livrées argentées de l'indifférence, afin que l'arbre tranché ne subisse plus le sort des blessés et des luttes inégales

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