LE POETE DEMANDE A SON AMOUR DE LUI ECRIRE


O vive mort, amour de tout mon être,

j'espère vainement ton signe écrit

et pense avec la fleur qui  se flétrit

que si je vis sans moi autant te perdre.

 

Oui, l'air est immortel. La pierre inerte

ne connaît l'ombre et non plus ne l'évite.

Coeur intérieur, de rie ne lui profite

le miel gelé que la lune lui verse.

 

Mais moi je souffre et j'ai ouvert mes veines

dans un tourment de lys et de morsures,

tigre et colombe au-dessus de ton sein.

 

Apaise donc d'un mot cette brûlure

ou bien laisse-moi vivre en ma sereine

nuit de l'âme à tout jamais obscure.

 

J'ai peur de perdre la merveille

de tes yeux de statue et cet accent

que vient poser la nuit près de ma tempe

la rose solitaire de ton haleine.

 

Je m'attriste de n'être en cette rive

Qu'un tronc sans branche et mon plus grand tourment

est de n'avoir la fleur - pulpe ou argile -

qui nourrirait le ver de ma souffrance.

 

Si tu es le trésor que je recèle

ma douce croix et ma douleur noyée

et si je suis le chien de ton altesse

 

ah, garde-moi bien que j'ai gagné

et prends pour embellir ta rivière

ces feuilles d'un automne désolé.

 


F . G . LORCA

Poésies III

1926 - 1936

Édition : Poésie / Gallimard


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