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 Joug - A Goppia Corse - Region de Pitrettu-Bichisgià -

 

QUI N'AURA JAMAIS, QUI N'AURA PAS ...

 

Qui n'aura tant de fois baissé la herse
Aux champs ramené l'éteule au pieu
Comme le bouvier mener les boeufs autour de l'aire
Ouvré puis ajusté le joug avant les semences
Et sué toutes les larmes de son corps
Là-bas sur la terre fauve de l'été la fenaison
Qui n'aura imbibé de sels le manche de hêtre et d'olivier
Baisé la terre de s'être autant courbé
Moissonné à figer l'étreinte des paumes
Les doigts crispés de se remettre debout
Et douloir souvent résigné seul sous la ramée
La faulx fourbie ivre de joutes de peines et de joies
Le regard cave et obstiné ouvrageant
La rime gestuelle au souffle des silences exaltés
Qu'une oeillade seule sait rendre au Ciel
Qui n'aura senti ses bras forger les pensers
Liant leurs années aux champs emmurés
Près de la source et de l'eau vive tant pleuré
Dès la pose vêtant de blanc chaque prière
Sous le pampre prompt à communier

Cet homme-là ne cernera ni n'embrassera jamais
La Parabole du Semeur le Fils Prodigue
Le labeur qui louait humblement les campagnes
Obéissant sereinement à l'aube et au couchant
Lorsqu' il n'eut point alors fallu tricher car
Les traits tirés le cal le coutil et la veillée
Devisaient humblement et au-delà  de morale
D'amour  loin des clochers et des domaines
La hotte comble était au solide vigneron
Ce que la nasse la senne lourde livrait au pêcheur
Tels la Terre et la Mer les mûrissaient
Dans l'unicité souveraine de la même foi
Et l'allégeance enfin consentie au don
L'artisan vibrait au métier à tisser une vie
Se savant utile et providentiel au pèlerin
Il entretenait l'art et la manière de créer
Surpassant chaque jour l'ordre du commun
Rivalisant de tours et d'originalité
Au creuset fécond de l'indigente loyauté

Les époques auront bien changé tout noyé 
Le jour et la nuit usinent sans durer
Qu'il fasse jour à minuit nuit à midi
La chaîne tourne aux dents du rouage asservi
Et verse  Noria implacable  ses deniers froids
Sur le dos plat des multitudes effrénées
Point de saison mais l'hiver perpétuel  une lampe
L'aumone tue le jour  cent lendemain  le front prosterné
La voie sordide des airs du rail et de l'asphalte
Draine son lot martyrisé d'absences
Mais qui donc régit la roue de l'infortune
Si ce n'est un nouveau Roi froid et argenté
Sans coeur ni prophétie  juste fatal
Désignant par simonie ses hordes de valets
Aux banquets de l'impitoyable richesse
Des conclaves séculaires et condescendants
Et c'est ainsi que la pensée cul-mine 
Entre valeurs trop humaines et sacrements
A l'écran l'amour saigne l'enfant souffre
Les grands tuent et massacrent vraiment
Les heures bousculent une petite aiguille précieuse
A la solde putride de l'or noir des armes
Qui erre sonnant le glas des saisons
Aux cadrans solaires obsolètes et déviés

 

On voyait poindre lointainement la faim
A la frénésie à la boulimie de si bien vivre
Les peuples éreintés fuyaient l'abondance
Et n'avait pour répit que ces heures aunées
Aux nombres aux modèles aux équations aux bilans chiffrés
A ces pages innombrables épaisses et glauques
Aux liens fugaces et surfaits de l'amitié imagée
Qui auraient perverti le langage des mains
Perdu les fruits de la sagesse leurs caresses
Ils auront dévoyé le Labeur pourvoyant toujours
Aux destinées du privilège et de ses raisons
Alors aux manants et aux laborieux parqués
La peine et le souffrir de tout  une volonté aveugle
L'effort que la quête amoindrit jour après jour
Dans les arcanes suffocantes de la vieillesse
Le béton creuse sous nos yeux ses oubliettes
Point de château mais l'édifice invisible et fourbe
De l'éphémère ravi à l'excellence solennelle du temps
Aux métiers nobles et souverains de la vérité
MAIS en ces temps-ci au-delà du bien du mal
Qui n'aura pas serré des kyrielles de boulons
Trié des myriades d'oeufs pondus dans les cloaques
Tranché la chair des abattoirs en n'y voyant que du sang
Vu défiler sur les étals agapes et beuveries souveraines
Erré dans les cités dortoirs et les ghettos les favelas
Percé sur les routes tunnels et enrochements
Traversé la mer dans les cales à poissons
Où le jour et la nuit lancinants de tant durer
Tanguent et roulent à rendre l'âme
Qui paie et rétribue le produit de l'esclavage
Ceux-là même manquent à leurs devoirs
A la reconnaissance essentielle et fondatrice
De la nécessité du partage de l'équité de la dignité 

 

Engoncés dans la morale et la pitié du lucre 
Marchands de tapis ils exploitent les enfants
Rivés à leur métier et tissant sans relâche
Dociles et résignés de leurs vingt petits doigts !...

 

 

 

 

 

Une très belle Page  CI-DESSOUS

 

http://forezhistoire.free.fr/boeufs-et-bouviers.html

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