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Statue Menhir de Paddaghju - Sud Corse - 

 

STÈLES 

 

Les trois hymnes primitifs que les trois Régents avaient nommés : les Lacs, l'Abîme, Nuées, sont effacés de toutes les mémoires.

Qu'ils soient ainsi recomposés : 

 

LES LACS 

 

Les lacs, dans leurs paumes rondes noient le visage du ciel : 

J'ai tourné la sphère pour observer le ciel.

Les lacs, frappés d'échos fraternels en nombre douze : 

J'ai fondu les douze cloches qui fixent les tons musicaux

 

O

 

Lac mouvant, firmament liquide à l'envers, cloche musicale.

Que l'homme recevant mes mesures retentisse à son tout sous le puissant Souverain-Ciel.

Pour cela j'ai nommé l'hymne de mon règne : les lacs.

 

L'ABÎME 

 

Face à face avec la profondeur, l'homme, front penché, se recueille.

Que voit-il au fond du trou caverneux ? 

La nuit sous la terre, l'Empire d'ombre. 

 

 

Moi, courbé sur moi-même et dévisageant mon abîme, _ ô moi ! _ je frissonne.

Je me sens tomber, je m'éveille et ne veux plus voir que la nuit.

 

NUÉES 

 

Ce sont les pensées visibles du haut et pur Seigneur-Ciel.

Les nues compatissantes, pleines de pluie

Les autres roulant leurs soucis, leurs justices et leurs courroux sombres.

 

O

 

Que l'homme recevant mes largesses ou courbé sous mes coups connaisse à travers moi le Fils les desseins du Ciel ancestral.

Pour cela j'ai nommé l'hymne de mon règne : Nuées 

 

Victor SEGALEN 

STÈLES 

Éditions Classiques de Poche

Pages 60 et 61 

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