KITES - NOSOUND -

 

LETTRE A MICHEL

 

L'insondable lien de coeur vague dans le silence de l'amer
Au loin qui brille d'un seul feu  Frère embarqué trop tôt
A bord de la psychose  Cette traversée que maints enfers
Figèrent à l'ancre d'une geôle à nulle autre pareille  Là-haut
Dans les étoiles brille à jamais   Diamant fou  Mon hère

Vers l'adrêt cent ans que l'automne n'aurait jamais roussis
Par-delà le couvert gris des bâtisses ravalées et des crépis
Tant de pensées auront accompagné ton soleil sur la ville
La rumeur sourde de l'autre monde  le tumulte de l'ennui
T'arrachaient l'ami en t'abandonnant aux mânes viles

En ces lieux jadis plongés dans les solitudes de la longue nuit
On prétend que les jeunes forçats rompaient au rude labeur
Succombaient comme on dépérit  de l'exil au royaume du délit
Verdict de la mer éconduits jusqu'à leur dernière demeure
Le pénitencier n'abrita dès lors qu'ombres et dolentes folies

Tu échus un jour radieux un été  malgré toi  il y a si longtemps
J'en évoque péniblement le souvenir  Quarante années mortes
Pardonnez-moi le ton comme ces maux qui préludent autant
A la tristesse d'un remord aux rêves de nos musiques d'antan
Je reviens auprès de toi grand frère par le chant qui nous porte

Y aurais-tu deviné les quatre saisons de l'horizon  
Les mots gardaient-ils le charme d'un avril  de l'azalée
Que te disait le jour d'après la nuit fausse de l'injection
D'entre la fumée  les longs corridors d'une vision et la scansion
Des portes  inexorablement battants  qui cernaient ta destinée

Quand il m'arrive de fouler l'antre des vaines souffrances
Aux appels naissant de l'obstinante déliquescence des voix
Par les chemins aveugles du tourment lorsque chaque fois
L'habitude et l'angoisse te menaient sur la voie de l'errance
Je te sais si près de nous  Ensemble implorons  Ô délivrance

Je déambule comme déraciné  sûrement déjà en partance
A travers le voile d'un regard océan qui verse un flot amer
Que les tumeurs de la ville achèvent de souiller  La démence
M'est ce refuge de haute montagne  la vire d'où sourd l'hiver
Ainsi de notre concorde  Silence veillant au fil de leurs stances

Tu seras toujours là  tel le cénotaphe sur la route en deuil
Jalonne l'éclat éternel d'une bougie de l'astre depuis mort
Toutes les sentes d'un parc de mésaventures mènent à tort
A la terrible réclusion que panse la bonté sans l'orgueil
Je lis dans les regards la foi hagarde du manque à ton seuil

L'iris où se serait égarée une fée pour une histoire sans fin
La démarche légère et ample des silhouettes enjouées
Souriant  l'entrain et la jovialité comme unique dessein
Que tes vingt ans brasillaient au comble des jeunes privautés
Ô douloureuses dérades orphelines de toi  Eau-delà du vin

A te chercher au tréfonds du néant que la règle fonde et tue
Que ne sommes-nous pas liés à l'engeance d'un corps marqué
Par les travers et les sournoises embûches des ciels grimés
Sur nous refermés à jamais comme la tombe reste au secret
Allons par nos clartés L'espérance touchera aux seules vertus

 

Au frère qu'un docte père  sa courte vie durant  dit échoué
Qui de lui  vers  Pascal  apprécia le plus beau des devoirs 
Je n'aurais eu de cesse de voir avec  lui  enfin  Jésus ressuscité
Nous musions  ensemble au diapason d'une si belle histoire
Les chats à nos côtés goûtaient aux heures lénitives du soir

 

 

§

A mon Grand  Frère, Michel - A bord de la Folie qui nous lie - Marin  ! En cours d'écriture ;  automatique  ...! A Toi, qui aima tant le petit Prince et Rimbaud. L'infiniment grand, l'infiniment petit te cernent de joyaux, et tu brilles comme un diamant fou   

 

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