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Vincent VAN GOGH _ Nature Morte aux Poires

 

POEMES TRISTES

 

Carcasse rouillée envahie par le pré, 

l'oiseau de fer achève de pourrir dans les fleurs, 

et l'on voit au-dedans, émouvants de blancheur, 

les os d'un homme étrangement gardés.

 

Dans le métro, ces roses dispersées

ressemblent au bouquet d'un mort.

Ferrailles obscures, pierres glacées, 

la joie s'est envolée et notre vie est fanée.

 

Écrasé à la vitre de mon oeil, 

je fais signe aux passants en criant au secours.

Mais tous sont aveugles et sourds, 

et quand l'un d'eux se détourne 

c'est pour cracher sur ma face obscure.

Oh ! qui brisera la pierre morte

où mon coeur agonise ? 

 

Ce panier de fruits qui flamboient au soleil

me rappelle le doux temps de mon enfance, 

et mes yeux se remplissent de larmes et de ris.

Comment ne pas être désolé et ravi

quand  on a vu luire au ciel de la prière

l'innocence perdue et la beauté première ? 

 

Ayant par la force aimantrice de l'amour, 

pénétré le secret jusqu'au sang, 

je ne vis plus que ma vêture abandonnée

et mon reflet qui se mouvait au dedans.

Lorsque fermant les yeux pour vérifier le poids, 

je le vis qui jouait dans mon coeur devenu singulier.

§ 

Louis CATTIAUX 

POÈMES

Édition /  M.C.O.R. _ La Table d'Emeraude