NI L'UN NI L'AUTRE 

 

 

Penseurs, philosophes, rationalistes, scientistes, savants  ! Combien auront-ils déjà été à sombrer dans les dédales de la folie en tentant de trouver quelques explications éclairant la naissance de l'Univers, les origines de la vie, l'émergence de la pensée réflexive et du langage ! enfin ce souffle qui anime la matière jusqu'à lui octroyer les desseins que nous lui connaissons. La science n'est-elle pas devenue un abri, un refuge, ce pis-aller de l'action structurante, maintenant déraisonnée, qui  tente de vaincre les soubressauts de l'angoisse et de l'impuissance face à l'inexplicable, tandis  que l'homme avance  à petits pas  en glanant quelque mince emprise palpable  sur le réel ?  

 

La raison aura par là démontré ses limites, le carcan inexorable que l'infiniment grand, l'infiniment petit lui impose à travers une magistrale incurie. La raison, dimension bien présomptueuse, par-venue aux confins du scientisme, de la connaissance fractionnée de la substance in-animée,  sous-traitance de l'intelligence artificielle omni-sciente et implacable, si froide aussi ... On n'omettra pas de citer les prouesses technologiques que le génie met au service de l'exploration spatiale où l'homme  assiste en direct à la naissance et à la mort de galaxies, de planètes et d'étoiles, remontant le voyage de la lumière ! Certes, oscillant toujours plus loin, plus profondément dans les arcanes de la science et de la mollécule, l'homme bute et butera à nouveau ; pensant avoir atteint des sommets, des étapes majeures de son évolution, il n'en demeura toujours que plus près d'un abîme sans fond étayant et consacrant ce terrible sentiment de déréliction et de solitude, livré qu'il demeure face à la munificence du créé, à ces possibles mondes incréés qu'il pressent, devine, suppose et au final découvre en mourant à l'orée de la sagesse.  

 

Le labyrinthe de la raison est incommensurable, égaré dans la nuit des temps, voué à la perdition, à l'égarement et de fatales erreurs. Aucune thèse ne saurait accréditer la véracité des faits ayant conduit à la naissance de l'Univers ex-nihilo, à l'émergence de la vie sur Terre ! et quelle Terre, quelle planète, modèle ou éden à part entière où se jouent encore et toujours les péripéties d'une genèse ineffable. N'est-il pas vrai, aurions-nous indéfiniment cru au centre de l'Univers que nous eussions été ainsi plus près de la Vérité ! 

 

Voilà quelles sont les pensées qui m'accompagnent lorsque je vais marcher le long du rivage, autour des sommets, en me confiant au silence en plein jour, parmi les étoiles de mer, si près de  l'étoile du matin, de la compagne du berger, après le couchant. Et de se laisser aller,  abandonné lentement à l'imaginaire, à cette rêverie ambulatoire, au coeur de ce nonchaloir fasciné de bleu que devient mon âme et que baigne le chant des vagues, qu'embaume l'immortelle, à perte de vue, au-delà du futur, par-delà les sens sursitaires, vers un peu plus d'essence et de révélations. Mes pas s'alentissent, une vague retient son souffle, fige le mien, et nous fondons ensemble dans l'azur, au diapason d'une harmonie qui nous révèle, que la raison ne pourrait jamais qualifier, quantifier, en tirant de ces conclusions hatives. 

 

J'accorde en ces instants rares et précieux de plénitude ces confessions qui traduisent non une certitude mais une voie numineuse et tout à la fois secrète, rendue au seuil du sacré. Je dénie en même temps à la raison ses prébendes et cette présomption qui ôteraient à l'imaginaire, à la pensée libre, à la foi surtout l'occasion de côtoyer et de fouler les rives de tangibles vérités. Ne serait-il en amont, au-delà de la vie que l'expression d'un hasard, d'une nécessité, ces déterminismes qui  siéend à l'exclusive des sens et de la matière programmée, lorsque la vie sourd  comme la source émmerge de la roche dense, sans supplément d'âme qui les eût destinées l'un à l'autre, au voyageur assoiffé ? Mais qu'en serait-il de tout accomplissement, de toute quête dès lors qu'ils tendent ensemble vers la voie et la vie ?  

 

Accorderions-nous aux théories de l'information les seules hypothèses susceptibles d'expliquer l'Univers à partir de l'espace-temps fluctuant en une seule dimension linéaire et dont le point d'extrême fusion, de titanesque pression fût le commencement, l'instant zéro à partir duquel le long processus et les desseins de l'Univers allaient suivre leur course immuable et  parfaite qu'ils offrent depuis à nos yeux, avec de surcroît et en prime la complexion organisée depuis le regard et la conscience qui les eussent circonscrits uniquement de raison et de façon linéaire, chronologique ?  

 

Confiner, abandonner au hasard les métamorphoses de l'étant, de la structure de l'infini hiérarchisée au  règne vivant,  serait une impossible gageure, une duperie, une imposture ; le hasard aurait fini par buter et échouer, ne servant plus assez la nécessité, dépassé qu'il aurait été par l'ampleur du fait universel. Or, tout porte à croire et voir en ce sublime théâtre à cieux ouverts donnant vers l'espace, hors du temps, l'accomplissement et la perfection qui nous eussent été attribués afin que nous les préservions et que nous les accompagnions, vers plus de complétudes, d'osmoses, de sérénité, de richesse au sens éthéré du terme. 

 

Alors, au détour d'un cap, d'un long cordon de sable,  d'une pointe rocheuse et découpée dont le vaste manteau du temps  découvre et recouvre le visage tutélaire de la terre, lorsqu'en vol l'oiseau migrateur lance  un trille de joie, que les vagues de la mer entonnent la lointaine mélopée de la houle, des Autans, que l'Océan cerné de sable anime à l'unisson d'une seule et longue  vague et de ses rouleaux d'écume le chaos de rochers figés et ouvragés par les vents, je me dis que rien ici_bas, dans les étoiles,du soleil  n'est le fruit du hasard, le cheminement d'une nécessité orpheline du souffle originel. Tout  est à sa place, reflète l'Unique. L'un fonde le tout en lequel il se fond et rejaillit et resplendit, porte la marque de l'Unique !... Ainsi de la goutte d'eau, du grain de sable, de poussière, de pollen, ensemençant de concert l'instant comme l'ouvrage des saisons. 

 

Quelles noces, quel cantique !  faut-il pour cela arborer le cliché, le lieu commun, la destination prisée ou lointaine ? Non, absolument pas... L'esprit et le coeur sont fruits de la foi et mûrissent sur le même arbre. S'ils chutent sur la terre, ils reviendront,  germeront à nouveau, renaissant non de la mort mais du Vivant, de la vérité de l'Oranger, de l'hymne de l'Univers... Au même moment, en cet instant impénétrable, la foi en allège le fardeau éphémère et ravit toute révélation qui en amont, avec elle, eût esquissé les contours du divin, les traits d'un grand ordonnateur, d'un merveilleux magicien empli d'amour et de bonté. 

 

Ils allaient par deux en caressant l'azur, dansant sur le dos de la mer, côtoyant l'( E) éternel ; ils étaient toujours des enfants, parce qu'ils habitaient un rêve, une petite planète. En toile de fond, le filigrane, l'appel  des grands espaces qui fascinent et transportent... De là, leur rêve devint éternité, plus fort que la réalité ; l'imaginaire devint un remarquable artisan reflétant les mystérieux messages du silence ; un homme , une femme, la pensée, l'âme, l'esprit en accord :  qui le sut vraiment si ce ne sont ces versants prodigues conduisant le germe et sa gangue vers la moisson. Un homme, une femme, qu'importe, chacun avait trouvé en l'autre cette moitié perdue jadis avant que d'être empreinte, ancre sur la terre sacrée.  

 

Quelle sublime évasion que ces mots accordent et délivrent ! des mots qui fluent et accourent comme un torrent, l'eau claire du ruisseau rendue à la mer sans avoir été souillée, mélodieuse à souhait depuis les neiges éternelles. 

 

Entre la pureté des vagues et de l'écume, ô blancheur !  depuis l'innocence de l'azur, comme un appel des limbes, Ô Ether,  je vais encore et toujours sans raison, à bord d'une folie, imaginer l'univers de la  foi que mes pas tracent, que mon intuition pressent, que l'expression duelle de ma conscience décèle à l'aube, au couchant, errant par les vents ivres de liberté. Il ne saurait y avoir en l'être une seule âme livrée à la seule raison ; nous confinerions l'univers à sa moitié inopérante et si dolente. 

 

Il faut être deux pour appréhender, peut-être, l'esprit de la création ! Et de là aller à l'amble de la foi, éclairant la raison, raisonner la raison avec le coeur. Et d'entrevoir, au bout de la route, ces rais de lumières que la sagesse ébauche comme chaque dune dans le désert, chaque vague sur la mer exauce la voie intemporelle de l'immensité.

 

  

 

MARIN - A bord de la Folie -  1 ère Ecriture - 

 

2 ème Ecriture - 10.07.2015

 

 

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