ROMAN_BEATRICE_JORDAN_

MILEMA_ARTE dépose cet Extrait de l'Auteur, avec son aimable autorisation ! Nous choisissons pour l'accompagner ces chants bouleversants et chargés d'histoire... Ainsi la mélodie, le violon emportent comme ils relatent  tant de moments qui auront passés,  à vau l'eau
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" Quand les fougères ne pleureront plus... ".

Cette phrase murmurée par la mère de Simon avant que le bruit des bottes ne résonne sur le pont de bois.
Ces hommes emmenant sa maman, alors que lui, blotti sous les fougères, échappait ainsi à une mort certaine...
Simon qui vécut loin du regard des bourreaux de sa mère et pourtant si près..., caché, faisant de lui un être de la nuit, un enfant que la rivière avait emporté. 
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http://www.cdbaby.com/cd/myrnarabinowitz2 ---------Cet album superbement enregistré a des moments très émouvants. Entre l'accompagnement très classique (piano,violoncelle, harpe,violon) et la beauté de la voix,
 http://www.myrnarabinowitz.com/6.html ----------------The daughter of holocaust survivors, Myrna grew up in a Yiddish- speaking home in Montreal where she developed her love and appreciation for Jewish music.
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François Jallouvre / Deezer.com

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EXTRAIT 
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De retour à la ferme, je vis ma mère qui entassait les draps sales de ses patrons dans une grosse seille en bois pour aller les laver à la rivière. Près du petit pont en bois la rivière formait une anse et l'eau y était généralement limpide et calme ; on aurait presque dit un étang.
Les draps entassés dans la seille sentaient mauvais. Une odeur acre et acide s'en dégageait et je me retirai en arrière.
" Pouah ça pue, dis-je à ma mère. Comment fais-tu pour supporter ça ?
- Mein schatz je suis payée pour ça et tu ferais mieux de m'aider à porter cette seille à la rivière si tu ne veux pas que ta mère perde son travail, car monsieur Fischer n'apprécie pas que je lambine. Et en ce moment je vois qu'il nous observe depuis le seuil de l'écurie. Viens allons-y.
  Je pris une poignée et ma mère l'autre. Ce n'était pas vraiment lourd, mais jusqu'à la rivière, ça faisait un bout de chemin !
   Celle-ci était gonflée des pluies des jours passés et grondait furieusement. Ce n'était pas notre rivière habituelle, elle semblait en colère.
   Tiens me dis-je, serait-elle consciente de ce qui se passe dans le monde en ce moment ?
 
Il faut dire que pour moi tout était vivant : les arbres, les pierres, et bien sûr ma rivière.
Elle léchait la berge friable et emportait dans son lit des branches mortes de sapins, arrachant au passage des morceaux de terre. Elle n'était pas limpide et pour une fois même l'eau de la crique était floue.
  Maman regardait d'un air sceptique cette eau où elle devait plonger les draps. Elle se mit à rire, un rire spontané et que même le mugissement de la rivière n'arrivait à couvrir ; j'adorais entendre ma mère rire, ça me plongeait dans un état proche de l'extase. Je me cachai sous les fougères et je regardai le dessous de leurs feuilles, je m'étonnai de voir sous la feuille dentelée poindre de petite perles jaunes, telles des larmes oubliées.
   " Mutti regarde les fougères elles ont des perles sous leurs feuilles, on dirait des larmes ! "
   Je lui tendis une partie de celle que j'avais cassée. Elle prit entre ses doigts le morceau de fougère, l'examina et me dit : 
  " Tu vois, Simon, une vieille légende raconte que les fougères un jour étaient géantes et que pendant ces temps-là elles étaient heureuses. Leurs feuilles ne s'ornaient pas de larmes, le soleil les léchait de ses chauds rayons et elles frissonnaient de plaisir dans un souffle de vent, simplement heureuses d'exister...
   Puis un jour les hommes sont arrivés, saccageant, piétinant sans ménagements les fougères et pour finir ils les brûlèrent, ne laissant d'elles qu'un tas de cendres. Seules quelques unes survécurent et depuis ce jour-là, les fougères pleurent leurs sœurs disparues. La légende dit encore, me dit ma mère en chuchotant, qu'un jour elles ne pleureront plus, que leurs sœurs disparues, reviendront sur terre fières et géantes, à nouveau heureuses de se balancer au gré du vent.
- Mais maman quand viendra ce jour ?
 
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Béatrice JORDAN 
Quand les fougères ne pleureront plus 
Edition Beaurepaire
Chapitre 4 page 25 

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