MILEMA ARTE

Témoignages d'une Alchimie et d'une osmose Nature et Culture ,cet Espace voudrait être une Ode à la diversité ,à la Tolérance et au respect de la vie , des Différences ,l'exaltation des richesses du passé , des savoirs faire...

06 novembre 2009

POESIE, LOUIS ARAGON ...

POURTANT LA VIE

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A voir un jeune chien courir

Les oiseaux parapher le ciel

Le vent friser le lavoir bleu

Les enfants jouer dans le jour


A sentir fraîchir la soirée

Entendre le chant d'une porte

Respirer les lilas dans l'ombre

Flâner dans les rues printanières


Rien moins que rien pourtant la vie


Rien moins que rien juste on respire

Est-ce un souffle un ombre un plaisir

Je puis marcher je puis m'asseoir

La pierre est fraîche la main tiède


Tant de choses belles qu'on touche

Le pain l'eau la couleur des fruits

Là-bas les anneaux de fumées

Un train qui passe et crie au loin


Rien moins que rien pourtant la vie


A doucement perdre le temps

Suivre un bras nu dans la lumière

Entrer sortir dormir aimer

Aller devant soi sous les arbres


Mille choses douces sans nom

Qu'on fait plus qu'on ne les remarque

Mille nuances d'être humaines

A demi-songe à demi-joie


Rien moins que rien pourtant la vie


Celui qui le veut qu'il s'enivre

De la noirceur et du poison

Mais le soleil sur ta figure

Est plus fort que l'ombre qu'il fait


Et qu'irais-je chercher des rimes

A ce bonheur pur comme l'air

Un sourire est assez pour dire

La musique de l'être humain


Rien moins que rien pourtant la vie

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Le Voyage de Hollande

1965

Chapitre : Chants perdus

Extrait de : A voir un jeune chien courir

LOUIS ARAGON

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27 octobre 2009

CHAMBRES D'UN MOMENT, LOUIS ARAGON...

Sur de blancs canots
Suivant les canaux
Ombreux et tranquilles
Les touristes font
Les chemins profonds
Qui baguent la ville

Les bars qu'on entend
Les cafés-chantants
Les marins y règnent
Et la rue a des
Sourires fardés
Ses enseignes saignent

Chambres d'un moment
Qu'importe comment
On se déshabille
Tout est comédie
Hormis ce qu'on dit
Dans les bras des filles

Traîne sur les quais
L'enfance manquée
Des gamins étranges
Qui parlent entre eux
Qui sait de quel jeu
Peu fait pour les anges

Et dans ce quartier
Où le monde entier
Cherche l'aventure
Celui qu'on y joue
Montre ses bijoux
A la devanture

Femme-diamant
Qui patiemment
Attendent preneur
Pour la somme due
Qui débitent du rapide bonheur

Beaux monstres assis
Tout le jour ainsi
Près de leur fenêtre
Vivre ici les voue
Aux faux rendez-vous
D'où rien ne peut naître

La main rideau
Le petit cadeau
Mets-toi là qu'on s'aime
Leurs habits ôtés
Ce que les beautés
Au fond sont les mêmes

Souvenirs brisés
Baisers ô baisers
Amours sans amour
Une fois de plus
A Honolulu
Comme à Singapour

Les matelas crient
La même tuerie
A d'autres oreilles
Et les matelots
Ont même sanglot
A moment pareil

Tous les hommes sont
La même chanson
Quand c'est à voix basse
Et leur cœur secret
Bat tant qu'on dirait
Qu'il manque de place

Chambres d'un moment
Qu'importe comment
On se déshabille
Tout est comédie
Hormis ce qu'on dit
Dans les bras des filles


...
L' ŒUVRE POÉTIQUE
1981
Chapitre: Chants perdus
Extrait du Poème: Sur de blancs canots
( Poèmes de 1963, non retenu pour le Voyage de Hollande )

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Photo, Robert Doisneau - Paris Noir et Blanc -

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25 octobre 2009

JE SUIS VENU VERS TOI, LOUIS ARAGON ...

Denilou - No Child Soldiers - Various Artists, Mama Keita




.....

Je suis venu vers toi comme va le fleuve à la mer
J'ai sacrifié d'un coup mon cours et mes montagnes
J'ai quitté tout pour toi mes amis mon enfance
Chaque goutte d'eau de ma vie a pris le sel de ton immensité
Ton soleil a dissipé mon folklore
Tu règnes sur mon sang mon rêve mes démences
Je t'ai donné ma mémoire comme une boucle de cheveux
Je ne dors plus que dans tes neiges
J'ai débordé mon lit chassé mes fées marraines
J'ai renoncé depuis longtemps à mes légendes
Où sont Rimbaud Cros et Ducasse
Valmore qui pleure à minuit
La corde Nerval a cassé
Et la balle qui traverse Lermontov a passé par mon cœur
Divisé par tes pas
Dispersé par ton geste
Comme un grand vent amoureux d'une forêt
Je suis la poussière qu'on chasse au matin de la maison
Et qui revient patiente invisiblement tout le long du jour
Le lierre qui croit sans qu'on le remarque
Jusqu'à ce qu'on le mutile dans sa fidélité
Je suis la pierre usée à force que tu passes
La chaise qui t'attend à l'endroit familier
La vitre où ton front brûle à regarder le vide
Le roman de deux sous qui ne parle qu'à toi
Une lettre ouverte publiée avant d'être lue
La phrase interrompue à qui revenir est sans importance
Le frémissement des chambres traversées
Le parfum derrière toi que tu laisses
Et quand tu sors je suis malheureux comme ton miroir

.

Louis ARAGON

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22 octobre 2009

PARIS, LOUIS ARAGON...

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Photo R. Doisneau 
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Où   fait-il bon même au cœur de l'orage
  Où fait-il clair même au cœur de la nuit
  L'air est alcool et le malheur courage
  Carreaux cassés l'espoir encore y luit
  Et les chansons montent des murs détruits
 

Jamais éteint renaissant de sa braise
  Perpétuel brûlot de la patrie
  Du Point-du-Jour jusqu'au Père-Lachaise
  Ce doux rosier au moins d'Août refleuri
  Gens de partout c'est le sang de Paris
 

 

Rien n'a l'éclat de Paris dans la poudre  
  Rien n'est si pur que son front d'insurgé
  Rien n'est si fort ni le feu ni la foudre
  Que mon Paris défiant les dangers
  Rien n'est si beau que ce Paris que j'ai
 

 

Rien ne m'a fait jamais battre le cœur
  Rien ne m'a fait ainsi rire et pleurer
  Comme ce cri de mon peuple vainqueur
  Rien n'est si grand qu'un linceul déchiré
  Paris Paris soi-même libéré

.

Louis ARAGON

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LES FEUX DE PARIS, LOUIS ARAGON...

Toujours quand aux matins obscènes
Entre les jambes de la Seine
Comme une noyée aux yeux fous
De la brume de vos poèmes
L'île Saint-Louis se lève blême
Baudelaire je pense à vous

Lorsque j'appris à voir les choses
Ô lenteurs des métamorphoses
C'est votre Paris que je vis
Il fallait pour que Paris change
Comme bleuissent les oranges
Toute la longueur de ma vie

Elle a fardé son paysage
Comme une fille son visage
Pour séduire un nouvel amant

Rien n'est plus à la même place
Et l'eau des fontaines Wallace
Pleure après le marchand d'oublies
Qui criait le Plaisir Mesdames
Quand les pianos faisaient des gammes
Dans les salons à panoplies

Où sont les grandes tapissières
Les mirlitons dans la poussière
Où sont les noces en chansons
Où sont les mules de Réjane
On ne va plus à dos d'âne
Dîner dans l'herbe à Robinson

Qu'est-ce que cela peut te faire
On ne choisit pas son enfer
En arrière à quoi bon chercher
Qu'autrefois sans toi se consume
C'est ici que ton sort s'allume
On ne choisit pas son bûcher

A tes pas les nuages bougent
Va-t- en dans la rue à l'œil rouge
Le monde saigne devant toi
Tu marches dans un jour barbare
Le temps présent brûle aux Snack-bars
Son aube pourpre est sur les toits

Au diable la beauté lunaire
Et les ténèbres millénaires
Plein feu dans les  Champs-Elysées
Voici le nouveau carnaval
Où l'électricité ravale
Les édifices embrasés

Plein feu sur l'homme et la femme
Sur le Louvre et Notre-Dame
Du Sacré-Cœur au Panthéon
Plein feu de la Concorde aux Ternes
Plein feu sur l'univers moderne
Plein feu sur notre âme au néon

Plein feu sur la noirceur des songes
Plein feu sur les arts du mensonge
Flambe perpétuel été
Flambe de notre flamme humaine
Et que partout nos mains ramènent
Le soleil de la vérité

.


Les Poètes
21.09.1960
Chapitre: Spectacle
à la Lanterne magique

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Photo , Robert DOISNEAU

L'amour sous l'occupation

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21 octobre 2009

ELLE, LOUIS ARAGON...

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Marc Chagall

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Elle seule elle a le ciel
Que vous ne pouvez lui prendre
Elle seule à mon cœur
Qu'on l'ose arracher ou fendre
Elle seule atteint les songes
Qui mettent mes nuits en cendres
Elles seule échappe aux flammes
Comme fait la salamandre
Elle seule ouvre mon âme
A ce qui ne peut s'entendre

Elle seule et qui sait d'où
Vient l'oiseau vers le temps doux

Elle seule qu'elle parle
C'est comme faire un voyage
Elle seule et son silence
A la beauté des ombrages
Elle seule et tout l'amour
Me sont un même visage
Elle seule et les merveilles
S'étonnent de son passage
Elle seule et le soleil
A peine y  peut faire image

Elle seule et qui sait d'où
Vient l'oiseau et le temps doux


Elle seule et tout le reste
S'en aille au diable vauvert
Elle seule et j'ai pour elle
Seule ainsi vécu souffert
Elle seule ô ma romance
Mon sang mes rêves mes vers
Elle seule et qu'elle sorte
Je demeure dans l'enfer
Elle seule et que m'importent
Cette vie et l'univers

Elle seule et je sais d'où
L'oiseau chante le temps doux


.


Louis ARAGON
Le Fou d'Elsa
Juin 1964
Grenade
Chapitre: L'Alcaïceria
Nom du Poème : Zadjal du Kantarat AL' OÛD

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19 octobre 2009

COMPLAINTE DE PABLO NERUDA, LOUIS ARAGON...

Complainte de Pablo Neruda - Ferrat Chante Aragon: Lintégrale - Jean Ferrat



...


Je vais dire la légende
De celui qui s'est enfui
Et fait les oiseaux des Andes
Se taire au cœur de la nuit

Le ciel était de velours
Incompréhensiblement
Le soir tombe et les beaux jours
Meurent on ne sait comment

Comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j'entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda

Lorsque la musique est belle
Tous les hommes sont égaux
Et l'injustice rebelle
Paris ou Santiago

Nous parlons  même langage
Et le même chant nous lie
Une cage est une cage
En France comme au Chili

Sous le fouet de la famine
Terre terre des volcans
Le gendarme te domine
Mon vieux pays araucan

Pays double où peuvent vivre
Des lièvres et des pumas
Triste et beau comme le cuivre
Au désert d'Atacama

Avec tes forêts de hêtres
Tes myrtes méridionaux
Ô mon pays de salpêtre
D'arsenic et de guano

Mon pays contradictoire
Jamais libre ni conquis
Verras-tu sur ton histoire
Planer l'aigle des Yankees

Absent et présent ensemble
Invisible et trahi
Neruda que tu ressembles
A ton malheureux pays

Ta résidence est la terre
Et le ciel en même temps
Silencieux solitaire
Et dans la foule chantant

Comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j'entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda

...



Louis ARAGON


Paru la première fois dans la Revue Europe N° 28 DU 1er Avril 1948, alors que des nouvelles alarmantes parvenaient du Chili au sujet du sort de Pablo Neruda. Le Poète, menacé par la dictature de Videla est contraint à la clandestinité.
Louis ARAGON écrivit alors plusieurs poèmes et les rassembla sous le titre:

Le Romancero de Pablo Neruda

Ce Poème a été interprété par Jean Ferrat , dans son célèbre Album dédié à l'Oeuvre de Louis Aragon:

FERRAT 1995 -

16 nouveaux Poèmes d'ARAGON

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15 octobre 2009

C'EST SI PEU DIRE QUE JE T'AIME, LOUIS ARAGON...

Comme une étoffe déchirée
On vit ensemble séparés
Dans mes bras je te tiens absente
Et la blessure de durer
Faut-il si profond qu'on la sente
Quand le ciel nous est mesuré

C'est si peu dire que je t'aime

Cette existence est un adieu
Et tous les deux nous n'avons d'yeux
Que pour la lumière qui baisse
Chausser les bottes de sept lieues
En se disant que rien ne presse
Voilà ce que c'est qu'être vieux

C'est comme si jamais jamais
Je n'avais dit que je t'aimais
Si je craignais que me surprenne
La nuit sur ma gorge qui met
Ses doigts gantés de souveraine
Quand plus jamais ce n'est le mai

Lorsque les choses plus ne sont
Qu'un souvenir de leur frisson
Un écho des musiques mortes
Demeure la douleur du son
Qui plus s'éteint plus devient forte
C'est peu des mots pour la chanson

C'est si peu dire que je t'aime
Et je n'aurai dit que je t'aime

...


Le Fou d'Elsa
Extrait de " Journal de Moi "

.

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HEUREUX CELUI QUI MEURT D'AIMER, LOUIS ARAGON...

O mon jardin d'eau fraîche et d'ombre
Ma danse d'être mon cœur sombre
Mon ciel des étoiles sans nombre
Ma barque au loin douce à ramer

Heureux celui qui devient sourd
Au chant s'il n'est de son amour
Aveugle au jour d'après son jour
Ses yeux sur toi seule fermés

Heureux celui qui meurt d'aimer

D'aimer si fort ses lèvres closes
Qu'il n'est besoin de nulle chose
Hormis le souvenir des roses
A jamais de toi parfumées

Celui qui meurt même à douleur
A qui sans toi le monde est leurre
Et n'en retient que tes couleurs
Il lui suffit qu'il t'ai nommée

Mon enfant dit-il ma chère âme
Le temps de te connaître ô femme
L'éternité n'est qu'une pâme
Au feu dont je suis consumé

Il a dit ô femme et qu'il taise
Le nom qui ressemble à la braise
A la bouche rouge à la fraise
A jamais dans ses dents formée

Il a dit ô femme et s'achève
Ainsi la vie ainsi le rêve
Et soit sur la place de grève
Ou dans le lit accoutumé

Jeunes amants vous dont c'est l'âge
Entre la ronde et le voyage
Fou s'épargnant qui se croit sage
Criez à qui vous veut blâmer

Heureux celui qui meurt d'aimer

...


LOUIS ARAGON

Le Fou d'Elsa
Extrait de " Le vrai zadjal d'en mourir "

.

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05 octobre 2009

CARCO, POESIE DE LOUIS ARAGON...

CARCO_2

Francis CARCO. Photo et Copyright/Harlingue-Viollet

...

Dis qu’a - tu fais des jours enfuis

De ta jeunesse et de toi-même

De tes mains pleines de poèmes

Qui tremblaient au bout de ta nuit

.

Il avait toujours dans la tête

Le manège d’anciens tourments

De la fenêtre par moment

Parvenaient des bouffées de fête

.

Où sont les lumières lointaines

Voici fermés les yeux éteints

Ce chant des lilas au matin

De Montmartre à Mortefontaine

.

Tu meurs sans avoir vu le drame

Carco qui ne sus que chanter

Te souviens-tu de cet été

De Nice où nous nous rencontrâmes

.

On faisait semblant d’être heureux

Le ciel ressemblait à la mer

Même l’aurore était amère

C’était en l’an quarante-deux

.

Excuse-moi que je le dise

Dans ce Paris où tu n’es plus

Comme Guillaume l’a voulu

Qu’un nom qui se mélancolise

.

Que l’avenir du moins n’oublie

Ce qui fut le charme de l’air

Le bonheur d’être et le vin clair

La Seine douce dans son lit

.

Ce cœur que l’homme avec lui porte

Ne change pas avec le vent

Nous mettrons demain comme avant

Des coquelicots à nos portes

.

Les mots que nous avons cueillis

Les voici pour celui qui meurt

Passent les gens et tu demeures

Ô poète de mon pays

.

Dis qu’as-tu fait des jours enfuis

De ta jeunesse et de toi-même

De tes mains pleines de poèmes

Qui tremblaient au bout de la nuit

...

LES POETES

21.09.1960

Chapitre: Spectacle à la lanterne magique

Extrait de : Celui qui s’en fut à douleur

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