29 octobre 2009
LA PETITE CHATTE GRISE....
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Elle venait tous les matins se blottir
Entre le grand bol fumant de chicorée café
Et mon cou encore tiède
Entre le lit et mes sommeils attablés
Elle prenait si peu de place
Me donnant à chaque gorgée
Une douce affection des caresses de velours
Ses pensées ronronnées du petit jour
Elle nous a quittés
De tout un faible miaulement appelés
Ce fut son adieu un nom un lieu de passage
Ce matin les oiseaux se cachent pour chanter
Je suis triste et la mer est trop loin
Elle demeura le petit âne gris
Une chanson de Hugues Aufray
Ce joyau pour l’enfant émerveillé
Un petit Prince et son Renard
Dont nous lui rappelions la mélodie le récit
Nous la sauvions un soir d’hiver
Du sort sombre
Qui attendent bien des chatons trouvés
Et c’est ainsi qu’elle berça
A la maison son univers fidèle
De jeux de complicités candides et d'éveils
Entourée des promesses de l'union
Inondée de caresses des balbutiements de l'amour
Apprivoisée A toujours
Avec le temps des détresses confiées
Il la laissa pourtant
Un jour de maîtresse Chassée
Une saison de maison Froide D'abandon
La petite chatte grise est restée ici
L’enfant qu’il était n'est plus
Et l’a depuis abandonnée délaissée
Dans ces recoins de grandes personnes de fractures
Que l’indifférence ternit et enténèbre
Où saignent les blessures des jours jetés
Elle nous a laissé son petit corps
Emportant à jamais
Un souvenir léger de câlins et de liens
Qu’elle n’aurait su ni pu briser
Au seul prix du serment tenu
Avant de rendre son dernier souffle, elle vint contre ma poitrine et mon cou nous réchauffer une dernière fois, saisissant toute la douleur de nous quitter et laissant à la durée esseulée de tendres et silencieux émois.
Elle était " Petite Chaki "
...
Cristian et la Petite Chatte Grise
08 mai 2009
LA SABLIERE...
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Papa avait été très tôt sensibilisé à la pêche à la ligne, au moulinet et de nuit sur les plages et les rivages interminables du Maroc. Il passa dans ce merveilleux Pays ses 35 premières années, avant de voyager et de rejoindre un jour le Gabon, l'Afrique Noire et ses forêts luxuriantes. Les difficultés liées à plusieurs déménagements lourds, encombrants, avaient eu raison de ses cannes; seuls deux moulinets, confiés par son ami, constituaient son attirail précieux. J'ai toujours connu Papa, très bricoleur, ingénieux, ne rechignant jamais sur quelques travaux manuels, surtout ceux qui lui permettaient de raviver avec fierté et assurance de solides expériences passées.
De mon côté, j'avais déjà exploré et mesuré les potentialités des côtes équatoriales, aux poissons étonnants de taille et de diversité. Je pêchais avec les Africains, ils possédaient un sens aigu et très opportun des lieux, de la marée, des courants et des fonds. Les Gabonais, œuvraient sans cannes, juste avec du crin de nylon, souvent très gros, avec en guise de bout de ligne, de la corde à piano, quasiment impossible à sectionner.
Je poursuivais mon apprentissage, cumulais mes erreurs, en tirais partis et profits tout en relatant à Papa ces aventures hors du commun que nous partagions entre jeunes amis le long de la côte, tout en confrontant nos techniques de pêche à la ligne ou à la cuiller.
Je me rappelle de ces matins, où avant d'aller travailler, en prenant son café, Papa découvrait dans le réfrigérateur, un Rouge, un Bar ou une Bécune, spécimen imposant et tout replié, pêché la nuit en pirogue par un fils frondeur et fugueur. La stupéfaction l'emportait sur la colère, il y avait un Bac à préparer et non à remplir, sans aucune Option pêche à la ligne au programme!
Si bien qu'un jour, il se décida à confectionner deux cannes à pêche en bambous du pays. Rivalités de pêcheurs ou défis implicites de père à fils, je ne le sus jamais. Il s'agissait surement de partager aux confins de la brousse un moment de nature authentique, de dépaysement total que rien ne peut remplacer...
Nous allâmes vers le Cap Estérias chercher de très beaux échantillons de ce précieux végétal. Papa les choisit bien verts, avec une expérience que je ne lui connaissais pas, en testa le nerf autour d'un geste bien enveloppé de lancer. Une semaine s'écoula, je vis mûrir ce projet auquel il y ajoutait de menus matériels, du fil "dacron", des anneaux de différentes tailles. Les longs bambous séchaient au soleil pesant de l'Équateur, je voyais déjà nos parties de pêche dans les rouleaux, celles dont il gardait les secrets. L'océan lui était familier, rien ne l'aurait étonné, il évoluait en terrain connu.
C'est ainsi que ces cannes virent le jour, faites entièrement à la main, prêtes à servir, équipées de bons vieux moulinets, soigneusement graissés et comblés de fil neuf. Elles trouvèrent leur place sur la galerie de la vieille 403 qui nous avait suivie depuis la Tunisie. Un dimanche, après avoir été cherché un bon kilogramme d'aloses au marché de Lalala, nous décidâmes de rejoindre la Sablière, d'allier la vie sauvage à l'ingéniosité le long d'une plage austère, bordée de végétation tombée dans la mer.
L'océan houleux se balançait au bout de chaque onde sur la grève, chassant dans un mouvement chorégraphique d'ensemble, une multitude de crabes des sables très curieux. le ciel matinal se confondait avec les flots opaques d'une mer d'estuaire. La marée haute léchait les innombrables billes de bois de toutes les couleurs charriées par le Kango, échouées et ensablées au pied des cocotiers et des badamiers. Elle en soulevait parfois quelques unes pour les rabattre violemment dans un tremblement et un grondement sourd et lourd.
Sous cette luxuriante végétation, la mer musicale composait avec les oiseaux et des singes furtifs d'étranges mélopées. des sons et des échos orchestraient ces ambiances tropicales aussi dépaysantes qu'angoissantes. Des abris rudimentaires réalisés en bois flottés et aux toits de tôles meublaient pauvrement ces kilomètres de côtes et de rivages vierges, jusqu'au cap Santa Clara et Estérias.
Cette randonnée littorale étaient propice, selon les saisons et les lunaisons à la pêche à la carangue, à la bonite et au maquereau, pêche réalisée au moulinet et au leurre lancé derrière la dernière vague et ramené au moulinet.
Cette plage était dangereuse. Au fond brutal et aux forts courants s'ajoutait la longue houle venue du Sud qui venait s'abattre bruyamment sur les pentes sableuses et qui se retirait, avide et gourmande, dans un bruissement assourdissant qui portait très loin dans la forêt.
Les cannes étaient montées en bas de ligne renforcés, on nous avait signalé des fortunes de pêche en ces lieux délaissés et abandonnés. Je laissais papa s'occuper de ses montages, de ses appâts et du lancer. De mon côté, je m'affairais respectant scrupuleusement les usages locaux et les conseils des pêcheurs, des anciens.
Une fois mouillé, le fil surplombait les lames et les cannes rivalisaient de hauteur avec toutes sortes de lianes et de branches qui fusaient vers le sol. Le frein des moulinets était déverrouillé avec soins, chaque canne inclinée s'appuyait sur un porte canne profondément enfoncé dans le sable.
Un moment rare de temps suspendu, fébrile. L'incertitude et l'imprévu règnent dans le ressac et l'assaut des flots glauques, dans la moiteur et la grisaille africaine, au bout du monde.
Une cigarette partagée, un bout de pain et un morceau de fromage sortis du havresac, fendus à la main en deux et c'est l'océan qui s'ouvrait à nos pieds, un horizon de rêves et de voyages, d'étonnements chamboulés au gré de la liberté. Je voyais Papa qui à chaque lancer, se projetait vers les vagues des grandes plages marocaines. Il n'était plus dans le souvenir, il revivait dans l'instant, empli d'impatiences en devenir et très agité...
Il ne s'agissait pas de quérir le trophée mais d'avantage de ramener un poisson, à préparer à la maison selon les recettes du pays.
Je ne pêchais pas à la ligne mais juste avec un solide crin de nylon, monté avec un trident sur corde à piano. Pour lancer, je réalisais un mouvement de moulinet avec tout le bras et lançais en fronde mon appât correctement lesté.
Quelle ne fût pas la stupéfaction de Papa quand il me vît envoyer si loin ma ligne, à la main et sans canne. Il restai coi, admiratif pendant que je disposais un témoin visuel de touche bien en contre-haut.
A SUIVRE
01 avril 2009
LA BARRE A FRANCHIR ...
Découvrez Geoffrey Oryema!
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Phare de Gombé 1973-1974 Gabon
Soudain,
la seule ancre
de la pirogue se tendit. La pirogue évita puis tira sur son amarre vers le large.
C'était le dernier lien phosphorescent et lumineux qui plongeait vers le fond, vibrant
à se rompre . Oblique, il nous raccrochait encore à la terre cachée et
s'effilochait en poussières de vies marines, consacrant une eau translucide. Un vent
frais et humide, empli de toutes les effluves de la terre africaine
mouillée nous
submergea sous une pèlerine d’étoiles. Des bouffées moites et froides
mêlées couraient sur la mer en tourbillonnant. Un grondement sourd
s’éleva au-dessus de
la forêt vierge et ricocha sur la mer puis l'envahit. Les premiers
éclairs de la tempête équatoriale
déchirèrent un ciel plus sombre et plus opaque, à l’image de nos
angoisses et de nos craintes d'adolescents.
Je savais que notre ancre
de fortune, une vieille corde au bout de laquelle nous avions emprisonné une
lourde pierre, et qui reposait par plus de cinquante mètres de fond, devenait
un sursis, un défi à la survie au milieu de l’Océan, là où la zone de
convergence intertropicale tente de réconcilier les hémisphères climatiques sur une ligne de fronts toujours menaçants, là
où les jours rivalisent de durée avec les nuits donnant au temps ses caprices languissants
et ses méandres énigmatiques, presque monotones.
La
mer renversa et la
longue houle de l’Atlantique qui berçait quelques minutes auparavant
notre
liberté cosmique se fît menaçante et contraire, rebelle. Elle se
hérissa,
soulevant à l’inverse de l’onde majestueuse et déterminée de la pleine
mer les
premiers embruns. Visions fantomatiques, elfes furtifs et prémonitions
accablantes dans la nuit que nous fondions jusqu’au bout de
nos folies.
La
lune courait dans le
ciel, éclairant çà et là la plage lointaine, la masse informe de la
forêt,
vague déferlante d'arbres, immobile au-dessus des flots. Je grillai, un
crin entre les
doigts, une Brazza bleue au coin des lèvres, tirée d’un paquet de
cigarettes humide et froissé, une cigarette sauvée des eaux. Une lampe
tempête, achevait de brûler un ersatz de
chanvre. Le petit fanal se balançait à l'étrave et dispersait ses
lueurs vers la voûte céleste, derrière un rideau de fumée et l'étoffe
éphémère d’un plaisir rare.
Les lignes de pêches
finirent par s’accrocher, l’une d’entre-elles attira un squale, qui, pris par
la lèvre, se laissa remonter jusqu’aux bordées de la pirogue. Dans la pénombre
et les éclats furtifs de la Lune, il sentit le danger et d’une ondulation
déterminée, leste de tout son corps, se libéra du filin et de l’hameçon sous
nos yeux défaits et nos visages hâves. Nous étions là pour pêcher la daurade rose, abondante et en migration.
La
fatigue se faisait
sentir, nous mouillions au-dessus du plateau rocheux depuis le début de
l’après-midi. La nuit, amplement consommée nous rappelait par
intermittences au doux sommeil et au
confort du bord de mer, de la tente que nous avions établie à plus
d’une heure
de traversée sur la grève et en lieux sûrs.
Le fond de l’embarcation
maintenait une quantité d’eau poissonneuse et gluante qui roulait et tanguait
au diapason des vagues, libérant des odeurs renversantes de mélange d’essence et
de poissons.
Il fallut tout rentrer,
s’assurer du démarrage du vieux moteur marin et fixer ce qui pouvait l’être, y
compris les pagaies ; elles auraient été ben inutiles en cas de panne,
pris dans la tourmente et les vents furieux de l’orage.
Les premières gouttes
d’eau se firent sentir, fraîches, acres, en même temps que roulait, venant de
la côte, un bruit emplissant notre monde, bousculant nos limites, forçant notre
témérité et nos audaces.
Le moteur toussa puis
s’emballa, je m’occupais à lutter contre le fort courant et la dérive de
l’embarcation en remontant l’ancre à grandes brassées, les pieds bien calés au
fond et contre les bords de la pirogue, puis nous mimes le Cap vers la Pointe
Pongara. Il nous fallait nous rapprocher de la côte et diminuer ainsi l’emprise du
vent. Il faisait nuit noire, mon ami avait ses repères qu’il retrouvait à
chaque éclair mais il demeurait silencieux comme la peur. Il y avait entre nous, la perspective terrifiante de passer la barre
dans le mauvais sens, contre le jusant et le retrait tumultueux des eaux de
l’estuaire, par fort coefficient de marée.
La pirogue filait ses
huit nœuds dans une mer hachée et clapoteuse, nous embarquions de bons paquets
de mer et le brise-lame à l’avant s’avérait utile malgré les vagues courtes,
les bourrasques traversières qui soufflaient de la terre.
Une heure de navigation
faite d’appréhensions, d’interrogations entendues et partagées dans le silence
de la mer et le chaos du ciel. Des minutes de doute au bord de la conscience,
déjà loin de la vie, où tous les indices comptent afin de s’y raccrocher,
s’éclairent et se révèlent, éloquents et signifiants au point de décréter de
manière irréfragable la vérité de la mer, de lui donner enfin un sens. Nous n’invoquions
personne qui pût nous aider et nous venir en aide de quelque manière qu’il
soit. Nous étions deux, l’avant de la pirogue et le tableau arrière était déjà
une distance quasiment infranchissable entre nous.Un espace que seules les pensées
osaient traverser encore pour rejoindre ensemble l’espoir de caresser enfin le
rivage.
Éclairs, foudre,
tonnerre, rafales étaient au menu d’une nuit sous l'Équateur; nous ne l’avions
pas prévue malgré nos dispositions entraînées à demeurer à l’écoute et à
l’affût des signes du ciel.
Nous étions trempés,
refroidis par le vent. La faim et l’épuisement guidaient et trompaient
maintenant notre vigilance et toute velléité de plaisanteries.
Vînt
le moment de vérité
à l’approche du heurt frontal de la mer et du fleuve, de cet endroit
redouté
des pêcheurs qui composent avec les flux et les courants sans jamais
les
défier. Un bruit de chute l'emporta sur l’orage et la dépression
équatoriale qui
prenait peu à peu le large, s'en allait vers l’Ouest. Un roulement de
tambour incessant scandait le courroux des cieux au-dessus de la
canopée. J'évoquais, mélancolique, les réminiscences ancestrales de la
forêt vierge, délivrant entre les eaux de la mer et du ciel, les
tourments et les affres endurés de ces contrées Africaines perdues et
habitées jadis de fascinantes peuplades. Mystérieuses cavalcades
dans le passé ou épreuves redoutables à mener contre les éléments: le
règne de
l’eau et de ses lois physiques incontournables allaient en décider ;
nous
n' étions qu’un fétu de paille à la dérive de la nuit, de la fatalité
et d’un cauchemar.
Les
éclairs continuaient
d’illuminer le ciel et ses énormes nuages élevés en colonnes. Nous
pouvions
maintenant découvrir avec stupeur le conflit des lames lancées contre
le
courant de la marée descendante. Les flots chaotiques entourèrent notre
pirogue, dépassant allègrement une taille d’homme. Saisissante vision
nocturne
des courants de l’estuaire allant défier la longue houle de l’
Atlantique, impétueux comme un torrent. Je
me sentis soulevé par une force inconnue, puissante, incontrôlable
tandis que
le moteur s’emballait et dressait l’étrave du frêle esquif, guidant
notre salut
au milieu des flots déchaînés. Le vieux moteur, révisé par les soins de
mon ami
vrombissait dans la nuit et délivrait ses dix-huit chevaux marins.
Parfois,
nous bondissions d’une crête à l’autre, franchissant un gouffre noir.
L'hélice sortait de l'eau , s'affolait en hurlant et fendait la nuit
d'une plainte stridente, exacerbant notre vigilance. La chute
de l’un d’entre-nous aurait entraîné notre perdition, sans aucune
chance de
survie. Nous le savions et seuls la crispation de nos doigts cramponnés
aux
francs-bords, et les traits tirés de nos visages trahissaient une peur
presque
incontrôlable.
L’enfer de la barre dura
dix minutes, un temps interminable, une vie de souvenirs, un instant assailli
de tous les possibles et de tant d’attaches déjà rompues, vaincues.
Nous savions que sitôt
virée la Pointe, nous laisserions l’océan et que nous retrouverions la franchise
du courant, le cours du fleuve, fût-il fort, et que nous pourrions alors lutter à armes
égales avant de revenir par tribord vers le bras de mangrove pour nous abriter
enfin, hâler la pirogue sur le sable et retrouver notre campement de fortune,
de quoi se restaurer…
A tous moments, nous
risquions d’être renversés par une lame plus haute que les autres, une descente
hasardeuse dans un creux plus profond et abrupt, par une faute de trajectoire ou un excès
de vitesse conduisant à une erreur d’assiette... la nuit et l’orage distillaient leurs
chances, nous accordaient des hasards de lumières et tout en nous signait une quête d’indices, d’issues favorables,
d’informations à la hauteur de l’aventure que nous courions, que nous
risquions, abandonnés des hommes, malmenés aux livrées de l’obscurité et des
abysses indomptables.
Jamais je n’oublierai
cette hypothèse, cette parenthèse de notre vie qui bouscula, retiré de tout, le cours de mes
jours à venir.
Revenu
à l’abri d’un
simple double-toit, à même le sable et au milieu d'une multitude de
crabes voraces, affrontant un dernier châtiment, je m'allongeai sous
notre tente, transi de froid. Je me
recouvrais, je me recroquevillais et m’enroulais autour d’une vieille
moustiquaire pleine de gros trous en
guise de couverture, subissant l’assaut de moustiques terribles et
entamant une crise de paludisme avec ses tremblements
et ses fièvres délirantes.
La vie m’enseignait profondément le chemin que je tentais de tracer à l’orée de la maturité. Les sillons de nos jours font les années dans le grand fleuve de l’âge qui rejoint la mer.Ils n’ont pas d’ordre, ils ne sont, ni immuables ni déterminés. Les grains que l’existence continue de semer ont un sens multiple et ils croissent, intemporels, jalonnant l' éclosion des saisons et de leurs bouquets d'années. Ils convergent vers le même point, vers la connaissance et la compréhension du monde et des hommes, vers l’universel et toutes les époques réunies.
Il est des leçons à
recevoir de la nature, de la mer et des vents, de ses colères, de sa
prodigalité aussi, là où chaque événement s’érige en moment de vérité dans le
temple de la vie et du court séjour sur terre.
J’avais seize ans, mes parents n’en savaient rien ; je fuguais, exécrant la contrainte et les bancs de l’école. Je découvrais un Peuple et ses enfants, un art de vivre et ses largesses, sa Culture et la diversité immense de ses richesses. Cette pirogue en bois d’Okoumé nous ouvrait le monde comme on ouvre un fruit, pour étancher nos soifs de découverte. Et quand au bout des milles, loin des villes, nous partagions un poulet au Nyembwé, des crevettes missalas marinées aux épices au milieu des villageois et des pêcheurs, dans la nuit équatoriale, il nous semblait avoir parcouru une tranche nécessaire et providentielle du voyage de l’homme, quelque part dans l’éternité unique qui nous habite un si court instant.
Pointe Pongara, Gabon, 1973-1974
CRISTIAN-GEORGES
CAMPAGNAC
GABON, 1970/1974
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28 mars 2009
L' ÎLE DU PIC...
...
" J'avais une fleur rouge dans la poitrine et cette fleur regardait le monde "
Nicolas Bouvier
Je devais avoir six ou sept ans, je
vivais au Cambodge, à Phnom Penh dans la moiteur et la régularité étrange et
scandée de la mousson, de ses pluies diurnes diluviennes. Je passais mes
jeunes semaines à l'école maternelle et primaire du Lycée Descartes de la
ville, entouré de tous mes petits camarades et nouveaux amis Cambodgiens,
Indiens, Vietnamiens, Laotiens...Ils m'ont appris bien des choses dont le
jeu local des billes et l'art du carreau, quand d'une extension du majeur, je
projetais en catapulte ma bille pour atteindre la cible et son lot de
récompenses misées. Il m'arrivait de les fendre en deux, tant l'impact était sec
et précis!
Le dimanche, nous avions l'habitude de sortir de la ville pour
nous rendre à l'aéroport de Pochentong, voir décoller dans un tonnerre
assourdissant et le ciel gris, l'avion de la semaine, le Boeing 707 d'Air
France qui regagnait Paris, qui portaient les noms des prestigieux châteaux de la Loire - Château de Chenonceau, de Sully, d' Aneth, etc....
Un air de solitude, d'abandon
flottait dans la grande salle de l'aéroport que j'investissais, insouciant et
généreusement de mes Dinky Toys...!
Avant les fêtes de Noël, nous
rejoignions le Mont Bokor, qui abritait des sapinières étonnantes sous ces latitudes et une jungle
luxuriante. Au-dessus de mille mètres d'altitude, je plongeais mon regard vers le Golfe du Siam, médusé et interrogatif... J'étais un enfant, seuls comptaient pour mes
frères et moi les préparatifs de Noël accompagnés de ses contes, oubliant dans la
candeur aisée de l'enfance, les outrages à la nature, la souffrance de ces
beaux arbres, ces petits sapins qui allaient décorer les jardins de l'Ambassade ou les intérieurs
cossus des maisons coloniales, dont la nôtre...
Puis venait la saison sèche, rude
période où les morsures du soleil redoublaient avec l'humidité ambiante de
l'air, surtout près des rizières que nous longions à bord d'une 2CV
Camionnette toute tôlée, en empruntant les longues digues surélevées, aménagées en piste
de terre et de tuf.
Je regardais défiler un paysage devenu familier, derrière les vitres de
l'automobile, je découvrais les buffles d'Asie aux cornes majestueuses et couverts de boue. Ils travaillaient dans les rizières
avec ces hommes et ces femmes courbés sur les récoltes ou les semailles, pendant des journées
entières, dans l'eau limoneuse jusqu'aux genoux, un chapeau pointu de paille en guise
de parasol! Quelques cocotiers épars dressaient haut dans le ciel leur voilure abondante aux mirages d'îles oubliées...
C'est aussi en cette saison que notre
vieille Traction Citroën nous amenait vers Sihanoukville, et Kep, plus au Sud,
vers les bords du Golfe du Siam. Véritable expédition, empreinte de craintes et
de mystères, où nous guettions l'assaut, maintes fois évoqués, d'une Panthère
Noire, d'un Tigre ou autres bêtes sauvages.
Nous redoutions la panne, la
crevaison et les scénarios allaient bon train dans la voiture qui avalait ses
kilomètres de pistes désertes, bordées d'arbres gigantesques. Elle était notre unique secours!
Mais, seuls,
d'énormes Pachydermes croisaient nonchalamment et placides, notre route,
emmenés par des enfants solitaires; images insolites du Livre de la Jungle et
de Kipling qui suscitaient entre les trois frères admiration et étonnement.
Nous traversions des villages
Cambodgiens juchés dans la pénéplaine, balayés de poussières, construits de
baraquements en bois dispersés, aux toits de tôles chauffés à blancs. La piste s'égarait entre les édifices carrés, encombrée d'animaux domestiques qui cavalcadaient dans tous les sens.
Un arrêt au bord de la route et
c'était tous les chiens malingres, décharnés qui accouraient d'alentour,
au milieu de tous les enfants du village avec leurs jouets de fortune; une roue, un cercle de
fer blanc guidés et propulsés à la force d'une tige de fer recourbée faisait
l'affaire sur la terre ocreuse et pauvre du pays.
Et partout, ce sourire et les éclats
de rire d'une jeunesse, celle de mon époque, de mes homonymes cosmiques, généreux et bons comme ces
instants de découvertes intarissables et d'émerveillements. Le barrage de la
langue n'en était point un; un regard, une main tendue suffisait à orienter nos
vies vers le jeu et le partage, l'entente et les regrets de se quitter si vite.
Un jour, nous parvenions jusqu'à Kep.
La plage de sable blanc étincelait au soleil et s'étirait sous les cocotiers des Tropiques. De là, nous prîmes un petit bateau à moteur, équipé
d'une voile à Sampang, et nous rejoignîmes l'île du Pic, un petit bout de terre émergée, distant d'une heure
de mer.
Le soleil dardait des rayons
insoutenables, la luminosité était d'une blancheur accablante. La mer, vert
lagon, perdait ses teintes émeraudes et devenait transparente, laiteuse,
bouillante. Un vent étouffant frisait la surface des flots. Il nous semblait
traverser une dimension cachée, dans un silence devenu assourdissant et lourd, presque
feutré.
Le bateau glissait imperceptiblement,
finissait son petit périple sur son erre, arrivait sur l'île, par faible profondeur.
Aucun nuage ne pointait à l'horizon et pourtant, sous un soleil de plomb, il
nous sembla que le ciel se couvrait.
Nous mouillions en vain nos mouchoirs
et des bouts de tissus qui nous servaient de chapeau tandis que nous traversions
les quelques mètres qui nous séparaient de l'embarcation, vers la plage de sable
fin.
Le sable pulvérulent, aussi blanc que neige, crissait sous nos pieds, brûlait intensément; nous avions du mal à le regarder. Au loin, la mer reflétait les cieux et ses moires comme un immense miroir, amplifiant le calme sidéral des grands espaces. Soudain, nous fûmes attirés par une forme qui ondulait, devint rouge, puis annelée de blanc, longue et svelte, rapide; c'était un serpent corail qui s'échappait à la surface de l'eau, donnant à ce tableau toute la véracité de l'île aux trésors, lointaine.
Un homme étrange nous attendait sur le rivage,
debout et figé, coiffé d'un chapeau à bords réséda repliés, une créature à nos yeux,
immense, brune et cuite par le soleil, laissant échapper des regards perçants
et clairs de ses fonds d'orbites creux. Il nous accueillit chaleureusement,
nous rassura un peu et s'enquit de nous conduire à sa case, à l'abri de la coiffure altière et hirsute des cocotiers et de quelques arbres fruitiers tropicaux qui nous assuraient d'une deuxième protection. Une
brise légère agitait les palmes de ces arbres fétiches, dont le bruissement
mélodieux berçaient ce jour à part qui meubla nos voyages d'enfance. Je décidai de le graver profondément dans ma mémoire toute malléable d'enfant.
Vint le moment de se rafraîchir, enfin de s'abreuver. L'homme nous proposa du Coca-Cola; il tira d'une caisse de bois quelques petites
bouteilles du breuvage légendaire, embuées et fraîches. Nous exultions mes frères
et moi, quand nos émois furent coupés court à la vue de la dentition effarante
de cet habitant étrange, qui d'un mouvement de mâchoire inférieure fit sauter
l'une après l'autre, les six capsules métalliques des bouteilles.
Des dents longues, inégales, espacées
et donc manquantes ont oeuvrée comme des pieds de biches pour décapsuler les emballages de verre, dans un grincement d'émail horripilant et de fer blanc cisaillés, sous nos yeux médusés
et influençables d apprentis aventuriers. Les deux rangées de sa denture, projetées en avant, faisaient de sa mâchoire une arme redoutable, un vrai bec d'aigle ou de perroquet... Un instant, nous craignions le pire,
nous le vîmes comme un ogre, une énergumène perdue sur une île déserte et dans la jungle! Mais les encouragements et les convenances d'usages reprirent le
dessus, nous laissant siroter le divin breuvage dans un décor de rêve et de
flibuste. Des oiseaux de toutes sortes animaient la canopée luxuriante de cet îlot perdu.
L'heure, languide, s'approchait du repas, nous étions abattus par tant de chaleur, de réverbération et d'immobilité, bercés dans un hamac jalousement convoité. Alors l'homme se fit pêcheur, il tira de ses nasses quelques langoustes vivantes. Il faut dire que les eaux du Golfe du Siam étaient très poissonneuses, que les ressources de la mer constituaient avec le riz et le jus de poisson séché l'essentiel de la nourriture locale.
Aujourd'hui, je déclinerai sans hésiter le succulent repas que cet homme partagea avec nous. Les langoustes ont péri sur un lit de braises qui couvait à même le sable, baignées d'une sauce piquante et épicée.
J'étais très jeune, mes souvenirs flottent encore dans ces nuages de chaleur torrides comme des hallucinations; je liais connaissance avec un enfant de mon âge qui portait sur le dos un petit singe apprivoisé et roulait les mêmes yeux que nous, d'étonnement et de stupeur à notre vue.
J'évoluais avec mes frères dans ce havre de paix, retiré de tout, une île posée sur la mer comme un nénuphar fleuri dans l'étang. Toutes sortes de créatures rivalisaient de talents, choisissaient leurs moments et déclinaient les plus beaux répertoires du chant général de la nature. Nous étions prudents, imaginatifs à souhaits, ne quittant pas la rassurante proximité des voix familiales et adultes.
Dans le lagon, notre bateau coloré oscillait lentement, les vaguelettes transparentes lapaient le bois vermoulus des bordées. Il attendait, seul, le moment du départ, jouant avec la mer une mélopée convenue, habituelle...
Les jeunes années sont un éveil immature comme les semailles spontanées de la nature aux saisons choisies. Puisse- t-il être le plus complet, le plus vaste et divers possible afin que le temps et les souvenirs en mûrissent les fruits, en assurent le juste partage, ces fruits et ces graines qui deviennent un jour toutes les nourritures terrestres des hommes enfin réunis, le ferment de nos vies si différentes et tolérantes, tellement nécessaires et prêtes à converger vers plus de grandeur d'âme.
CRISTIAN AU CAMBODGE
1961- 1964
Aéroport de Pochentong
03 mars 2009
LA LA LA, SOUVENIRS D ' ENFANCE...
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Arrivée sur la Pointe Pongara...
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Ma vieille mobylette orange tousse, évite avec précaution les innombrables flaques d’eau teintées de latérite qui encombrent un souvenir de piste. Nous sommes en 1973, je roule dans la torpeur, dans la moiteur palpable d’une matinée équatoriale après un déluge de pluies chaudes et épaisses ; le soleil est revenu aussi vite qu’il avait disparu. Seule importe ma quête d’aloses, condition incontournable qui fonde la campagne de pêche à la daurade, future aventure de mer en pirogue, que nous projetons mon ami et moi sur les hauts fonds au large de Gombé, de l’autre côté de l’estuaire du Kango, en face de Libreville.
Le bord de mer s’étire
vers le large en d’épaisses
bandes marrons de limons, l’heure est au jusant et à la dérive de
quelques énormes
grumes descendues avec le fleuve Kango. La grève suinte encore de toute
l’eau
boueuse, nocturne, dévalée des collines verdoyantes alentours, d’une longue nuit
humide, au fil de l’authentique chapelet de jours qui bercent une
ville Africaine.
J’ai dix sept ans et
j’exulte dans un monde de rêves colorés, à toucher, à dérouler dans la lumière
égale du jour et de la nuit.
La La La n’est plus
loin ! C’est un quartier très vivant et populaire de Libreville, un
village aussi d’artisans pêcheurs. J’aperçois
enfin les dernières pirogues qui
rentrent au petit port naturel, empruntant l’étroitesse d’un bras de mer que les flots dessinent et
creusent dans la vase brillante et profonde.
Les
premiers étals de
poissons, dissimulés entre les billes de bois, les filets et les embarcations multicolores
sont pris d’assaut dans un tumulte radieux de pagnes bariolés, de
boubous et de coiffes de tissus qui
dansent au-dessus des " rouges ", des "capitaines", des raies
pastenagues. Le poisson abonde, déborde,
les pirogues surchargées ne désemplissent pas tandis que des dizaines
de
bassines émaillées jonchent un sol détrempé dans un florilège d'odeurs
crues, acres, à rendre le petit déjeuner... Les mains se tendent déjà,
impatientes, quasiment
anonymes vers de succulents repas traditionnels et autres recettes de poissons fumés
agrémentées de Pili-pili... Les femmes au port de tête assuré et altier
se faufilent avec agilité, soutiennent à la force du cou et en
dodelinant d'imposantes cargaisons de sardines. Canéphores immuables
qui renaissent de leurs cendres à l'autre bout de la planète, vouées à
des tâches et à des occupations plus quotidiennes et familiales.
Les
vendeuses s’évertuent d'une voie chantonnante
à vanter la fraîcheur du poisson, offrent à la criée locale des
spécimens
étonnants de taille et de variétés. Ici, on ne marchande pas, il n'est pas
question de discuter les prix, les pêcheurs savent instaurer l'entente
qui convient d'un seul regard !
L’estuaire et la mer sont des alliés complices dans leurs
miracles quotidiens. C’est au milieu d’une fête convenue, d’une scène érigée en
rituel vital que je trouve mon bonheur, ces aloses grasses et odoriférantes, grosses sardines d’estuaires
qui migrent et fraient en bancs, tout en remontant l’embouchure du Kango.
J’observe attentivement et je choisis mes mes appâts; la brillance des yeux, la
fermeté des filets dorés et fuselés, restent les seuls garants de la qualité du poisson pêché à l'aube.
J’en
commande
plusieurs
kilogrammes qu’il nous faudra émincer, couper en petits lambeaux afin
d'être salés, mieux conservés pendant les deux jours de pêche qui nous
attendent; un bouquet d'aloses m'est livré avec
toute la grâce et la gentillesse d’une jeune Africaine aux
sourires francs et éclatants. Un bel enfant dodu dort paisiblement sur son
dos, la tête couchée sur son épaule nue Il accompagne amoureusement tous les gestes de sa mère dans un rituel immuable. On ne
pourrait-être mieux bercé, emmailloté de la sorte dans une longue
étoffe et ces tissus croisés comme des liens indéfectibles...
C’est ainsi doté que je poursuis les
pieds nus, avec une
curiosité enfantine, débordée à chaque venue, la découverte de ces lieux emplis
de toute
l’alchimie originelle de l'existence et d'un bonheur humble.
Les "pattes d’éléphants"
effilochées de mon blue-jean, aux ourlets épinglés avec des trombones,
traînent copieusement
dans la boue, dans une indifférence complaisante.
Derrière
la plage, la vie
bruyante, presque chaotique, s’écoule dans un vacarme inaudible et
aveugle. Des taxis, des vélomoteurs et des camionnettes circulent au
milieu de la vie qui s'éveille nonchalamment. Les
époques et les mondes se côtoient en feignant de s’ignorer, comme pour
préserver cette langueur océane et primitive de nos origines, ces
instants
d’émerveillements que chaque jour délivre dans l’ingénue simplicité des
choses
à comprendre et à découvrir absolument, sans aucun artifice.
La mer a été généreuse,
le pêcheur est à son tour prodigue, il
n’hésite pas a faire bon poids, c’est l’esprit des flots limoneux et fertiles
qui envahit ce matin poissonneux de la petite saison des pluies.
Je repars conquis, il me
semble avoir vécu une grande aventure, à l’échelle de l’humain et de ses
différences. J’aime la terre, la mer et son peuple baignés de l’éclat des
justes. Je viens de partager un moment et les ressources de la mer avec ces villageois dignes, joyeux, tellement respectueux.
Sur le chemin du retour, j’en oublie les immeubles et la rocade du bord de mer, j’ai devant les yeux le brise lames de notre pirogue qui fendra les flots hachés et dressés de la barre dans quelques heures, je sens déjà le crin de nylon vibrer et se tendre entre mes doigts aux touches sèches et nerveuses de la daurade rose ; je vogue déjà, traversant les vingt Milles d’océan qui nous séparent des hauts fonds de Gombé, sur la Côte Ouest du Gabon. Je n’entends déjà plus les moteurs, seuls me parviennent le bruissement mélodieux de l’eau contre la coque basse en bois d'Okoumé, la cadence de nos pagaies qui ouvrent, qui tirent l’eau à bout de bras, dans la scansion libre et ondulée de la mer, de son enfant, le fleuve.
Préparer l'épervier avant de le lancer
Marin Cristian, 1973, POINTE DENIS, GABON
A SUIVRE, MARIN56
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28 septembre 2008
SOUVENIRS D 'ENFANCE....
CHANSON TIRÉE DE L ' ALBUM " EXILE " , THE LAND OF ANAKA , TRÈS BELLE ET ÉMOUVANTE COMPLAINTE DE L ' AUTEUR - COMPOSITEUR QUI ÉVOQUE LA TERRE ET LE VILLAGE DE SON PÈRE .
Pour accompagner cette chanson , un voyage en Peinture et très riche en couleurs d 'une Artiste et d'une adepte du Web .
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Terre d 'Afrique
Notre pirogue taillée dans un tronc d 'Okoumé fendait silencieusement l 'eau , aidée par le courant de la marée descendante . la mer était opaque , odorante et accueillait les eaux boueuses de l 'Estuaire . Pendant toute la nuit équatoriale il avait plu , la lune était montante et se détachait encore dans le petit matin , au-dessus de la canopée et de la forêt luxuriante . Le sable , inaccessible horizon , nous imposait , nous dictait la scansion de nos deux pagaies à plonger , à tracter, à tirer afin que la pirogue et son chargement s'arrachent à l 'immobilité d' une journée africaine de pêche .La Barre passée , nous flottions , comme soulevés sur l 'Atlantique cristallin .Dans le lointain , derrière la longue houle océane nous entendions barrir l 'éléphant à l 'orée de la mangrove et le fracas assourdissant de chaque vague parvenue au terme d' un long voyage .Un immense sentiment de plénitude nous envahissait , une sorte d 'accomplissement aux premiers matins du Monde .Nous avions quinze ans et la vie exultait au fil de l 'eau , à travers les mailles d'un épervier jeté par un pêcheur Togolais au plus haut de l'une des innombrables dunes qui modelaient les rivages Africains et que nous découvrions à perte de vue. La pêche devait être bonne , le plateau rocheux à quelques miles du rivage , allait nous offrir un tapis de daurades aux plus belles heures de la journée avant de songer au retour salutaire , à la nuit prématurée sous l 'équateur et à ses indicibles mystères .
Cristian , Souvenirs d 'Enfance ...







































