SAINT -JEAN DE LA CROIX ... EXTRAITS I
Aux jours des massacres incessants, du sang versé, de l'opression infamante, là où les ruines et l'enfance dilacérée consacrent sur la Terre Promise ou tout simplement contre l'Espoir l'échec du Verbe, du Dialogue, et ouvre la Voie à la Voix de la Terreur, de l'horreur
je poste un Extrait du Cantique Spirituel de Saint Jean de la Croix.
Inquisitions, Négationnisme, Guerres de Religion, Dominances, Génocides, Agressions d'intérêts et conjoncturelles justifiées de fausses libertés ...
O Etats-Nations qui signez la honte, ainsi soit-il !...
Les Nations, les Pouvoirs ne parlent pas ; ils Tuent et Assassinent en coeur, de concert, sous le couvert infatué du Huitième Roi, ce Roi dépouillé d'États d'Âme, au cynique Droit de Veto, ce Roi devenu In-Humain !...
Ah, la Société des Nations, de quels horizons plus funestes auriez-vous tant craints après la Shoah ? Au bord du Gouffre, vers la Géhenne, irrémé-diablement ... En filigrane, Hadés, Orcus revêtus des oripeaux, des oriflammes des Prophéties hélas ! ponctuelles ?... Le Chaos, le Néant, l'archéocortex au Limbisme exacerbé !...
Oui, là où l'on rase tout, on blesse et on tranche les Oliviers, quelques soient les Monts, résonnent toujours et montent comme un plain-chant les Béatitudes... Au-dessous, partout, alentour, l'hécatombe et l'ignominie. La barbarie a le cou raide. Qui rachèterait l'assassinat perpétuel ?
Ecce Homo par Honoré Daumier
( Marseile , 1808- 1879 )
LE CANTIQUE SPIRITUEL
I
L'EPOUSE
Où vous êtes-vous caché,
O Bien-Aimé, et pourquoi m'avez-vous laissée gémissante ?
Comme le cerf vous avez fui
Après m'avoir blessée.
Je suis sortie après vous en criant, et vous étiez parti.
II
Pasteurs, vous qui passerez
Là-haut par les bergeries jusqu'au sommet de la colline,
Si par bonheur vous voyez
Celui que j'aime le plus,
Dites-lui que je languis, que je souffre et que je meurs.
III
Pour rechercher mon Bien-Aimé,
J'irai par ces monts et ces rivages,
Je ne cueillerai pas de fleurs,
Je ne redouterai points les bêtes féroces,
Et je passerai les forts et les frontières.
IV
DEMANDE AUX CREATURES
O forêts, ô bois touffus
Plantés par la main du bien-Aimé,
O prairie verdoyante
Émaillée de fleurs,
Dites-moi si vous l'avez vu passer.
V
RÉPONSE DES CRÉATURES
C'est en répandant mille grâces
Qu'il est passé à la hâte par ces bocages.
En les regardant
Et de sa figure seule
Il les a laissés revêtus de beauté.
VI
L'EPOUSE
Ah ! qui pourra me guérir !
Achevez de vous donner en toute vérité.
Ne m'envoyez plus
Désormais des messagers
Qui ne savent pas répondre à ce que je veux.
VII
Tous ceux qui vont et qui viennent
Me racontent de vous mille beautés
Et ne font que me blesser davantage,
Mais ce qui me laisse mourante
C'est un je ne sais quoi qu'ils sont à balbutier.
VIII
Mais comment peux-tu subsister,
O vie, puisque tu ne vis plus là où est ta vie ?
Lorsque tendent à te faire mourir
Les flèches que tu reçois
Des sentiments que tu formes en toi du Bien-Aimé
IX
Pourquoi donc avez-vous blessé
Ce coeur, et ne l'avez-vous pas guéri ?
Puisque vous me l'avez ravi,
Pourquoi le laissez-vous ainsi ?
Et n'emportez-vous pas le larcin que vous avez commis ?
X
Éteignez mes ennuis,
Puisque personne n'est capable de les dissiper.
Mais que mes yeux vous voient,
Puisque vous en êtes la lumière,
Ce n'est que pour vous que je veux m'en servir.
XI ( Copie de Jaën )
Montrez-moi votre présence ;
Que votre vue et votre beauté me donnent la mort.
Considérez que la souffrance
De l'amour ne peut se guérir
Que par la présence et la vue de l'objet aimé.
XI ( XII )
O fontaine cristalline,
Si sur vos surfaces argentées
Vous faisiez apparaître tout à coup
Les yeux tant désirés
Que je porte désormais dans mon coeur !
XII ( XIII )
Détournez-les, vos yeux, mon Bien-Aimé.
Voici que je prends mon vol.
L'EPOUX
Reviens ma colombe
Car le cerf blessé
Apparaît sur le sommet de la colline,
Attiré par l'air de ton vol qui le rafraîchit.
XIII ( XIV )
L'EPOUSE
Mon Bien-Aimé est comme les montagnes,
Comme les vallées solitaires et boisées,
Comme les îles étrangères,
Comme les fleuves aux eaux bruyantes,
Comme le murmure des zéphyrs pleins d'amour ;
XIV ( XV )
Comme la nuit tranquille
Lorsque commence le lever de l'aurore,
Comme la musique silencieuse,
Comme la solitude harmonieuse,
Comme le festin qui charme et remplit d'amour.
XV ( XXIV )
Notre lit est tout fleuri,
Entouré de cavernes de lions,
Tendu de pourpre,
Établi dans la paix,
Couronné de mille boucliers d'or.
XVI ( XXV )
Sur la trace de vos pas
Les Vierges courent le chemin,
Le choc de l'étincelle,
Le vin apprêté
Leur fait exhaler un baume divin.
XVII ( XXVI )
Dans le cellier intérieur
De mon Bien-Aimé j'ai bu ; et quand j'en sortis,
Dans toute cette plaine
Je ne connaissais plus rien
Et je perdis le troupeau que je suivais précédemment.
XVIII ( XXVII )
Là il me donna son coeur
Là il m'enseigna une science pleine de suavité,
Et moi je lui donnais en réalité
Tout ce qui est à moi, sans rien me réserver,
Là je lui promis d'être son Épouse.
XIX ( XXVIII )
Mon âme s'est employée
Ainsi que toutes mes richesses à son service ;
Désormais je ne garde plus de troupeau
Et je n'ai plus d'autre office :
Ma seule occupation est d'aimer.
XX ( XXIX )
Si donc sur la place publique
Je ne suis à partir de ce jour ni vue ni rencontrée,
Vous direz que je me suis perdue,
Que marchant comblée d'amour,
Je me suis constituée perdue, et j'ai été gagnée.
A SUIVRE IN / EXTRAITS II
La Multiplication des pains et des poissons par
Le Tintoret ( Venise - 1548 _ 1594 ) ; Scuola San Rocco
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