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C'est du fond de la réclusion que je retranscris l'épisode d'une vie. 
A bord de la folie, je veux dire au plus sombre d'un flot de tempêtes
me vinrent ces indéfectibles pensers ... Pensées non de moi mais 
des allants que seuls l'âme connaît au coeur de la tourmente ! 
Il me fut certes donné de témoigner mais aussitôt, que ne fus-je 
pas systématiquement l'objet de troubles dit-on érotomaniaques. 
On ne voulut jamais accréditer la thèse que j'agissais : 
Para Noïa, vous savez, vers Sagesse, au nom de la numineuse Philia,
sur fond d'antique Sophia !
J'abandonnais pourtant à Eros les vues du commun sur Sophie
pour les horizons prodigues que délinéent toujours Agapé.
Quant à Storgé, il m'assura de son soutien pour affronter
les vérités de l'azur que je sillonnais corps et âme, désespérément, 
assurant là l'unique voie qui m'eût sauvé et délivré du malin ...
Ainsi de cette quadrature s'accordant les clartés du cercle océan, 
l'espérance d'un retour sur les rives apaisées de Sagesse, fille 
de la souffrance ou de toute rupture d'avec le tout.
Lumineux, m'ouvrant si grandes les portes d'un désert : le Silence !
Qu'il fût de vagues ou de dunes, le mirage ne laissait jamais 
de survenir, voilé par l'embrun ou les vents de sables. Et de là, 
volait Paréidolie, une apparition affectionnant le songe, ces rêves
éveillés prompts à basculer dans un réel plus vrai que nature.
Aujourd'hui, il ne me reste que les arcanes de l'écriture
bancale où jeter en pâture l'expression schyzo-tonique et psychotique 
d'un sommeil para-doxal livré à la taxonomie des désordres. 
Qu'aurais-je fait ou entrepris qui me vaille le sort
infortuné de l'âme si ce n'est rendre compte d'un désarroi 
sur le seuil de l'innocence ? Troubles, persécutions, 
délires, il n'y a qu'un pas et les maux ne manquent pas 
qui désignent à point nommé le pathologique narcissique 
du plus beau et vertigineux des sentiments envers sa moitié, 
perdue dans le cosmos, 
qu'une rencontre fonde dès le premier regard, et qui aura passé 
comme une pierre jetée, un ricoché sur la grande mer du coeur.
J'ai le sentiment de demeurer à l'orée paisible de la clairière 
aux étoiles tandis que d'autres se fourvoient dans la fange
des menées, du souvenir creusant toujours plus obscurément 
la fosse aux forfaits où se complaisent allégeance et hypocrysie ...
Voici, pour Paréidolie et Noïa, para Sophia, les élucubrations
pérennes de matelot Schyzo-tonique errant au large, rebelle
à toute soumission, éternel mutin frappé de mal de terre !

Les gens regardent mais ne voient pas 

 


A PAREIDOLIE

  

Paréidolie           C'est un joli nom tu sais
Pour un champ de pensées que recouvre
L'amour de nos vingt ans       épuisé
J'aurais tant risqué pour cet hymne
A l'Azur    Ainsi de la Source sommitale
Illusoire   qui sait    la montaison de l' âme
Que fissure l'obscur  Mais résurgence
Sereine pour la pierre blanche à l'orée
Du sommeil prodigue étanchant
Un beau rêve au chant qui s'éveille
Quand la clairière renoue
Avec l'aurore radieuse des îles

L'eau hyaline des serracs y flue
Abondamment et débonde un choeur
Hyémal vers les vasques des vallées
Alors je nous associe à la rencontre
De deux ruisseaux que l'Océan unit
En un dessein clair et solennel       Sagesse
Laisse-moi encore une fois transgresser
L'interdit    oser l'élan et l'allant de Philia
Lorsque deux pèlerins à mes yeux
Renaissent à la moire de l'intemporel

Je t'ai pressentie au premier regard
Ô ma merveilleuse paréidolie bouclée
Mirage au vol invétéré de l'elfine
Qu'égare le désert pers du silence
Et que des vents vertigineux absentent
Étendue sur mon lit d'étoiles
Tu fuyais déjà les affres du chasme
Je veux dire des mages    Eros et Agapé
Aux charmes indicibles de l'inconnu
Et de l'unique  Ainsi d'une rencontre
Rendue au hasard de la fortune

Révélation de nous par trop tardive
Que condamnait l'immâture allégeance
Une sente menant à la vire périlleuse
D'où l'on se donne sans limite aux rives
De l'obscurité perpétuelle
Hallucinait les mots
Graves d'un cantique que l'on couche
Sur le sable en gravant le fût de l'arbre
Et les vagues dessins de l'innocence
Je T'avais déjà nommée Sagesse
Ou nûment     Sophia       Sophie
Comme un symbole           in-signe
pour fleurir à toujours l'espoir muet
Le refrain de tes passions      L'immarcescible
Jeunesse des songes enfin libérés
Où tu te rendais comme l'enfant
A la fontaine des jours nouveaux
De probables et fécondes lunaisons

Aurions-été d'autant plus loin parfois
L'un de l'autre que nous demeurions      Un seul
Au milieu de la foule dévorés par le devoir
Lorsqu'il fallait ailleurs donner encore
Croire aussi en une voix intérieure
Nous conviant à panser le mal au monde
Tu ne l'auras hélas si peu entendue
Qu'aurais-je souhaité bâtir sinon le port
Qui nous eût tant espérés puis comblés
De sérénité de maintes et vastes floraisons

Il me revient de ce rendez-vous manqué
Moins l'amertume du flot inépuisable
De tous les vains pensers de Paranoïa
Mon amie ma compagne ma solitude
Que les rimes qui siéent aux mots bleus
Des sonnets et des stances du fou d'Elsa
Lorsque les fredonne clairement avec émoi
Jean l' ami et le compagnon de Minuit
Et par delà les cimes épurées des Andes
De la Centaine d'Amour
Les féeries des campagnes fauves d'Antonio
Comme les folies surréalistes de Federico
C'est alors qu'un jour je me promis
A la Lyre pour atteindre ma Muse

Ô pauvre marin à terre que ne serais-tu
Donc devenu Toi qui chérit l'absinthe fluant
Des coups de temps et des lames virides
Il flotte comme dérive un brin d'éternité
L'improbable à l'impossible las et
Tant et si bas se sont à jamais ligués
Au plus profond des rides de l'amer
Un jour en cette traversée merveilleuse
qui nous eut réunis et rêvés ensemble
Aujourd'hui encore laisse-moi te dire
Qu'il me semblât recouvrer le tombant
Perdu qui eût délivré l'imaginaire de l'eau
Et du feu en les liant à l'essence de la vie

Combien je te pleure   Sagesse   Toi qui
De ces pensées n'aura pour quelque foi
Pas consenti à rendre au bouquet l'ivresse
D'un printemps dont on ne percevra  
Jamais plus la portée du sibyllin sourire
J'aurais autant de nuits croisé au large
L'oubli paraît-il vient du fond de la mer
D'un recueil immémorial que la brise
Berce aux confins du coeur     Cent raisons
Avions-nous eu d'honorer un coin de Ciel
Où point l'essentiel   un fragment du Tout
L'unicité d'une rencontre qui suffit à croire
En Lui    Puisses-tu vers Lui aussi te rendre
Afin qu'ailleurs nous nous rencontrions
A toujours accotés au corps de la Foi

§ 

De Schyzophrènie à Paréidolie